Ruban de Mœbius
26 janvier 2016 - Image par Mahaut Engérant
Queue cerise, chercher à se «défaire de l’étroitesse de la raison.»

Amélie Dallaire est comédienne de formation, mais elle est aussi l’auteure de Queue Cerise, une pièce sur l’inconscient et les rêves, jouée au Théâtre d’Aujourd’hui du 26 janvier au 13 février.


Le Délit (LD): Pour commencer, étant donné que tu es l’auteure, peux-tu nous présenter ta pièce?

Amélie Dallaire (AD): C’est l’histoire d’une fille qui commence un nouveau travail et elle ne sait jamais quoi faire, elle ne comprend pas son poste. Alors elle se perd dans les couloirs, elle se retrouve dans des endroits bizarres… Et ça me permet d’aborder l’inconscience, je m’intéresse beaucoup à l’inconscient, les moments où l’inconscient et la conscience cohabitent.

LD: Pourquoi vouloir écrire une pièce aussi intime, puisqu’elle traite en partie de tes propres rêves et fantasmes?

AD: Je veux faire de mes fantasmes un sujet, mais c’est pas littéral. C’est impudique mais en même temps je suis protégée par la fiction. La fiction transforme les fantasmes, les gens vont se les approprier et ça va peut-être devenir les leurs!

LD: D’ailleurs, comment le titre t’est-il venu?

AD: C’était comme une intuition, j’avais une idée mais pas claire… J’aimais la sonorité, il y a le mot «queue» qui fait animal, une queue d’animal mais aussi un membre. Et puis «cerise» ça faisait la chair, une couleur, une texture. Je trouvais que ça faisait sensuel aussi.

LD: Comme l’on parle du rêve et de l’inconscient, quel rapport cette pièce entretient-elle avec la psychanalyse?

AD: Je ne m’inspire pas exactement de la psychanalyse,  mais plutôt des idées de Carl Gustav Jung. C’est comme une adaptation, mais en amateur; ça m’a inspiré dans l’écriture. J’essayais d’être connectée à ces pensées, tu sais, celles qui surgissent dans notre cerveau mais qui ne semblent pas être de nous! 

Carl Gustav Jung dit que l’on est tout le temps en train de rêver. Et en effet, le rêve c’est un peu l’aboutissement de cette idée je trouve, entre conscience et inconscience. Queue Cerise c’est comme un ruban de Mœbius, on ne reconnaît pas le côté conscient ou inconscient, les deux faces se brouillent. On n’est pas capables de discerner, il n’y a plus de frontière. Le conscient et l’inconscient sont comme… entrelacés. La mise en scène essaye d’appuyer ce phénomène, avec des changements brusques de scènes, comme dans un rêve. C’est un peu brouillé on se retrouve dans une pièce puis une autre sans se souvenir des transitions.

LD: À propos de la mise en scène: commewnt as-tu travaillé avec Olivier Morin, le metteur en scène?

AD: On a fait une espèce de laboratoire de Queue Cerise, donc on avait déjà un travail amorcé. Puis je suis retournée à l’écriture, c’est là que ma raison est revenue, j’ai dû organiser le chaos. Olivier m’avait donné des exercices à faire, il fallait que je travaille les personnages, j’avais besoin d’un cadre. Olivier m’a aidée pour ça. Puis à un moment, il fallait que je lâche l’écriture, et il a fallu que je lui passe le flambeau.

LD: Enfin, parlons un peu de toi. Quel lien trouves-tu entre ta carrière de comédienne et d’auteure?

AD: Quand je suis sortie de l’école il y a 10 ans, ma carrière n’a pas été très florissante, je n’avais pas beaucoup de confiance en moi, donc j’ai commencé à écrire. J’ai aussi participé au «Théâtre tout court», une soirée de courtes pièces, j’y ai participé à cinq reprises. Ça te permet d’explorer très vite ce que ça donne, en une semaine c’est écrit et monté, tu te sens vraiment libre d’explorer des thèmes.

Parfois je me sens mieux comme créatrice. Comédienne c’est parfois un peu passif. Pour être créatrice je prends un crayon pour écrire. Les monologues humoristiques, etc. J’explore, je trouve plus de fun et d’énergie en étant autonome.

Mahaut Engérant