Bond ne meurt jamais
20 novembre 2015
Dans Spectre, le passé revient hanter 007.

Au moment de choisir son strapontin, on nourrit de grandes attentes (en avalant des poignées de maïs éclaté) et on se demande ce que nous a concocté Mendes entre le séduisant gentleman britannique et une nouvelle Bond girl française. Après le succès de Skyfall, en 2012, qui avait rapporté un milliard de dollars, une pluie de critiques élogieuses et deux oscars, la barre était haute pour le prochain James Bond, sorti le 6 novembre 2015 au Canada. C’est encore Sam Mendes qui a relevé le défi d’impressionner les spectateurs du monde entier, en réalisant Spectre, production de 240 millions de dollars présentée par les géants Sony, MGM et Eon Productions. Le vingt-quatrième épisode de la série cinquantenaire s’est doté d’un palmarès «tape-à-l’œil»: Daniel Craig y joue aux côtés de Léa Seydoux, Monica Bellucci et Christoph Watlz.

L’idée de réveiller les morts de 007 n’est pas une innovation.

Mission nostalgie

Le poids du passé est excessivement lourd dans ce dernier opus, d’abord parce qu’il creuse dans la vie de Bond, déterre ses cadavres et ravive ses fantômes, mais aussi parce qu’il pose le progrès en principal antagoniste. La technologie est un danger pour Bond, mais aussi pour M et plus généralement pour la sécurité britannique, qui peine à s’adapter aux menaces terroristes digitalisées. Nostalgie du bon vieil espionnage et des gadgets de Q, qui ne fournit désormais que des Aston Martin. La première phrase du film est une inscription: «Les morts sont vivants», annonçant le thème funèbre de cet opus.

La franchise fidèle à elle-même

L’idée de réveiller les morts de 007 n’est pas une innovation, Skyfall jouait déjà avec le passé de l’agent et creusait jusqu’aux entrailles écossaises de son enfance. En revanche, dans Spectre, Craig peine à se montrer touché. Les émotions ne se font pas tellement ressentir, et le film est alors presque un echaînement de scènes sans trop de catharsis. C’est dommage car cela semble surtout mettre en évidence une redondance chez Sam Mendes, qui force à se poser la question: le cinéaste serait-il à cours d’idées? Il crée ici un méchant (Christoph Waltz), chef de tous les méchants du passé, et utilise le facteur mémoire pour donner un semblant de profondeur à son histoire. C’est presque trop facile et les inconditionnels du monument James Bond n’en seront pas duppes. Les muscles impressionnants de Daniel Craig et l’adorable et cynique Léa Seydoux viennent sauver la mise, formant le couple habituel de l’agent secret et de sa demoiselle en détresse.