Marianne, P.Q.
17 novembre 2015 - Image par Luce Engérant
Espaces Politiques.
David Leroux

Il est une femme, au-delà de l’océan, qui depuis des siècles fixe l’horizon. Le regard perçant, le buste fier, elle chante fort, elle chante bien. Elle entonne le refrain de la République. Elle brandit, frondeuse et belle, l’étendard de l’indépendance. Comment ne pas aimer cette Marianne candide qui crie la liberté, l’égalité et la fraternité? Samedi matin. Les informations tombent en même temps que la poussière et l’odeur de la poudre à canon. France Info nous parle de jeunes kamikazes, 20 ou 25 ans, connus comme radicaux, dont au moins un serait Français. Passeports syriens et égyptiens sont retrouvés… L’État islamique (ÉI) revendique fièrement un carnage à Paris.

Tout va très bien, Madame la Marquise

La France a peur, l’Occident aussi. À l’heure où 25 000 réfugiés syriens sont attendus au Canada d’ici la nouvelle année, une méfiance, d’une part, et d’autre part une naïveté politiquement correcte s’installent. Doit-on avoir peur, ici, de l’ÉI? Est-il légitime d’être méfiant? La réponse semble aller de soi, surtout à la lumière de la revendication des attentats par l’ÉI. L’intention de ce groupe de frapper l’Occident est explicite. Déjà les multiculturalistes, drapés de vertu et d’amour, se font fortement entendre dans les milieux intellectuels et dans les médias pour mettre en garde la populace réactionnaire contre l’islamophobie et l’intolérance latente qui, soupçonnent-ils, l’habitent. L’impossibilité de se questionner sur le problème croissant que pose l’Islam politique sans être traduit en procès et accusé de faire le jeu de la droite raciste est un problème au moins aussi grand que d’assimiler tous les musulmans au terrorisme. Les kamikazes du 13 novembre, comme de nombreux autres ayant sévi dans les dernières années, étaient associés à l’Islam radical. Il commence à être temps de l’admettre.

Le pathos libéral

D’un autre côté, un libéralisme qui incite les nations à s’effacer au profit de petits groupes communautaires trouve de plus en plus d’adeptes. Ce communautarisme touche viscéralement ceux qui s’identifient comme citoyens d’un monde sans frontières où la nation est un artéfact poussiéreux menant à l’exclusion et à l’intolérance, et favorisant la violence des récents événements. Parfois portés par la jouissance très judéo-chrétienne que leur procurent leurs élans a priori humanistes, le plaisir des communautaristes atteint son paroxysme lorsque l’occasion se présente de s’adonner à l’autoflagellation anti-occidentale. Quelle engeance que cette liberté d’expression dont on se réclame pour manquer de respect aux croyances des autres se dira-t-on.

Dans le même esprit, on affirmera que si on cessait de faire la guerre au Moyen-Orient et d’oppresser les musulmans sur notre territoire avec notre laïcité républicaine, on aurait moins de problèmes. Ce n’est pas l’ÉI que l’on devrait dénoncer suivant cette logique, mais les politiques belliqueuses du vil Occident.

Doit-on craindre Daesh et trembler avec la France? Tant qu’on confondra «respect pour l’autre» avec reniement de soi, tant qu’on laissera à eux-mêmes, sans emploi, sans support des flots de réfugiés sans leur offrir de s’intégrer dans ce que nous sommes, je crains que la réponse soit «oui». Daesh infiltre peut-être les demandeurs d’asile, ou peut-être pas. Mais notre laxisme à intégrer ces réfugiés et l’isolation sociale dans laquelle cela les plonge ouvre grand la porte à une infiltration des esprits par les Charkaoui de ce monde, aussi sournoise que fulgurante. Tant qu’on étiquettera tous ceux qui remettent en question l’approche libérale au profit d’une approche plus républicaine comme de dangereux racistes, tout tremblement me semblera, hélas, justifié. D’ici là, chaque attentat contre la République française résonne au Québec comme un funeste glas. Mais au-delà de cette inquiétante réflexion, prenons le temps nécessaire pour tenir doucement la main de la belle Marianne et la rassurer. Nous sommes avec vous, amis français, et souhaitons qu’une discussion sérieuse sur les enjeux qui nous guettent tous soit au plus vite enclenchée.