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AG fantôme

Éditorial.

Luce Engérant

Il n’y a eu aucune motion proposée pour l’Assemblée Générale (AG) de l’AÉUM qui se tiendra lundi prochain. Zéro, niet, nada, rien, nothing. Une première historique. Un désastre de plus pour l’équipe exécutive de l’AÉUM qui enchaîne les coups durs depuis ce début d’année. Un comble alors que Kareem Ibrahim, président de l’AÉUM, promettait encore en septembre de s’engager pour lutter contre le désengagement des étudiants dans la politique étudiante et de renforcer la démocratisation des décisions de l’association.

La chute est brutale. À l’automne dernier, la motion pour « exprimer une solidarité envers les peuples des territoires palestiniens occupés » proposées par Solidarity for Palestinian Human Rights (Solidarité envers les Droits de l’Homme en Palestine, ndlr) avait réveillé les passions, les clivages et l’intérêt des étudiants pour le sort de leur association. Plus de 800 étudiants s’étaient entassés dans la salle de bal et la cafétéria du bâtiment Shatner pour débattre et voter. Pour cette session six motions avaient été proposées. 

Forte de ce succès sans précédent, l’AÉUM avait décidé de tenir son AG d’hiver dans le grand amphithéâtre de Leacock 132. Encore une fois plus de 500 participants s’étaient déplacés. Encore une fois le corps étudiant s’était mobilisé pour décider d’une motion à propos des territoires palestiniens (proposant cette fois le désinvestissement de McGill auprès des compagnies profitant de l’occupation illégale des territoires palestiniens). Cette fois-ci quatre motions avaient été proposées. 

Cependant la participation des mcgillois aux AG n’a pas toujours été aussi forte. L’AÉUM a longtemps manqué de participants pour atteindre un quorum (un minimum de 100 personnes présentes pour voter une motion, ndlr) permettant de voter officiellement des motions – sans devoir les refaire passer devant le conseil législatif de l’AÉUM. Peu de participants… mais toujours des motions. À l’automne 2012, six motions proposées, deux ratifiées sous quorum, trop peu d’étudiants présents. À l’hiver 2013, trois motions proposées, pas de quorum. À l’automne 2013, deux motions proposées, pas de quorum. À l’hiver 2014, cinq motions et un quorum enfin atteint. 

Après l’apogée de l’AG l’année passée, l’AÉUM n’aura finalement pas besoin de réserver le Centre Bell pour accueillir tous les étudiants enthousiastes à l’idée de s’impliquer dans la vie politique du campus ! Automne 2015, aucune motion, et un quorum qui sera difficile à réunir compte tenu du fait que la seule discussion portera sur le sujet des audits financiers de l’AÉUM. Pourquoi un tel vide ?

Luce Engérant

La clé pourrait être le manque flagrant de communication de la part du corps exécutif de l’AÉUM concernant l’Assemblée Générale. Presque aucune information n’a été relayée sur la page Facebook de l’association et l’événement ne compte que quelques dizaines de participants, pour la plupart des membres déjà actifs de la scène associative étudiante. On peut souligner la procédure longue et fastidieuse, propre à chaque administration, qui accompagne les motions de l’élaboration au vote. 

On pourrait ramener l’argument de l’apathie étudiante, mais les débats de l’an dernier nous ont prouvé le contraire : il existe une dimension politique à McGill. Peut-être un peu trop présente, si l’on voit la violence des propos tenus, souvent, dans la sphère étudiante. 

Mais n’est-ce pas justement cette politisation du corps étudiant qui peut expliquer l’absence de motion ? À voir le sort réservé à ceux qui ont le malheur de proposer la tenue d’un événement visant à exposer les conditions de vie des réfugiés on peut comprendre que beaucoup n’osent pas s’aventurer dans l’arène politique. Les membres du collectif EUMC McGill (p.3), c’est-à-dire des étudiants (dont d’anciens réfugiés), s’impliquant pour que des réfugiés aient la chance d’étudier parmi nous, ont eu le malheur de donner à leur session d’information un titre hasardeux. La foudre s’est alors abattue sur eux, des critiques 2.0 ne cherchant souvent pas à aller au-delà du titre de l’événement. Cet épisode, un parmi tant d’autres, illustre la volonté qu’ont certains de limiter le débat à des sujets consensuels et « sécuritaires » qui surtout ne doivent heurter personne, quitte à oublier que le débat et l’opposition font bouger les choses bien plus que la censure, formelle ou non. 


Assemblée Générale, lundi 9 novembre de 15:00 à 20:00, salle de Bal du bâtiment Shatner (AÉUM)


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