Chance, son d’amour
27 octobre 2015 - Image par Joachim Dos Santos
La rappeur de The Social Experiment enflamme l’Olympia.

Avec son groupe de musiciens talentueux, The Social Experiment, Chance the Rapper a déboulé sur la scène de l’Olympia pile à l’heure, ce mercredi 21 octobre. Sautillant comme une boule de nerfs, il a commencé par aboyer des vers en anglais, avant de se présenter. Il explique qu’il est heureux d’être à Montréal, qu’il se sent si proche du public qui se tient devant lui, qu’il a l’impression d’être en pleines retrouvailles familliales, d’où le nom de son spectacle: Family Matters (La famille est importante, ndlr). «Pourtant», admet-il, «je n’ai jamais rencontré aucun de vous!»

Rendez-vous galant ou concert de rap?

Complice de ses fans, le rappeur instaure dès les premières minutes un signal pour communiquer depuis le balcon et la fosse vers la scène: un cri aigu de loup signifira qu’on en veut encore.  Plein de bons sentiments, l’artiste offre un spectacle saturé de messages d’amour. Il se met à inventer une chanson dont les seules paroles seraient «I love you», et entraine le public avec lui. Emporté dans son propre hymne à l’amour, Chance poursuit en déclarant ses sentiments individuellement à chaque personne du premier rang. Il consacre ainsi cinq minutes, qui paraissent un peu longues, à dire «Je t’aime» au public, avant de reprendre son bombardement rythmique. Il enchaîne alors des pas de danse désarticulés que le public suit. Le son transcendant de la trompette accompagne la voix douce de Chance, créant un mélange agréable entre le rap, le hip hop, certainement une touche de jazz, et même de la soul.

Joachim Dos Santos

Explosion visuelle

Derrière les artistes, des écrans projettent des images en mouvement perpétuel, des paysages relaxants qui habillent les effets sonores. Des palmiers au vent, puis des vagues bleues, le soleil, l’espace plein d’étoiles, des flammes dansantes ou encore une salle de classe dessinée. Le résultat est plaisant parce que, comme un feu d’artifice, c’est une explosion de concepts, un bouquet d’ambiances. Même si Chance se trouve physiquement au milieu de la scène, il ne se place pas au centre de son propre spectacle. Il nous crie, à nous le public, de répéter que c’est notre spectalce. Puis il se dévoile en offrant une chanson qui parle de sa grand-mère, «Sunday Candy», peu avant de clore la soirée.

Ne me quitte pas

Tout spectacle ne se termine jamais vraiment exactement au moment où l’artiste se retire. Le public en réclame encore. Expert de l’expérimentation sociale, Chance connaît le peuple et a tout prévu. Les écrans affichent ainsi «Tu en veux encore?», question à laquelle le public acquiesce bruyamment, encourageant le rappeur à reprendre de plus belle. Celui-ci, en extase, cède aux spectateurs sa célèbre chanson «Cocoa Butter Kisses». Mais cette fois-ci c’est la dernière et il finit par remercier ceux à qui il a déclaré son amour pendant une heure et demie.

Qu’est ce que c’est bon d’entendre – pour une fois – du rap qui exprime l’amour et la tendresse envers l’inconnu. Génie social et artisan du vers, Chance a su séduire ses clients, ce soir. Il remettait ça les jours suivants à Philadelphie, puis New York. Toutefois, son album est accessible gratuitement sur iTunes pour ceux qui voudraient écouter des mots doux sur rythme de rap. La preuve que ce champ musical est aussi capable de parler d’amour.