Économies émergentes en déclin
15 septembre 2015 - Image par Matilda Nottage
Le ciel serait-il tombé sur la tête des nouveaux pays industrialisés?

Vous rappelez-vous vos cours de géographie lors de vos années dans le secondaire? Les marchés émergents étaient «la terre promise» des investisseurs, le salut de la croissance vieillissante des économies développées, le futur cheval de trait de l’économie mondiale. Mais à ce jour, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et leurs acolytes (Corée du Sud, Mexique, Indonésie, Turquie et Arabie Saoudite) ne sont pas au meilleur de leur forme. Le Brésil est entré en récession le 28 août dernier, la Russie est au bord d’une crise financière, la Turquie est en quasi guerre civile contre le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). L’Afrique du Sud est frappée de plein fouet par la chute des cours des produits miniers, l’Arabie Saoudite est ballotée par les cours du pétrole, la Corée du Sud (6ème exportateur mondial) a vu ses exports chuter de presque 15% en août dernier comparé à la même période l’année dernière, tandis que la croissance de l’Indonésie est au plus bas depuis 2009. Et à la barre de ce Titanic économique se tient la Chine. En proie à une chute de sa croissance, le pays fait face à la débandade de son marché des actions et à une possible crise de la dette publique de ses gouvernements régionaux. D’après le Financial Times, lors des treize derniers mois presque un trillion de dollars ont fui les marchés émergents pour aller se réfugier sur des marchés plus sûrs. Seuls le Mexique et l’Inde semblent avoir réussi à mitiger les dégâts. Le premier grâce à ses relations avec les Etats-Unis tandis que le second surfe sur la vague baissière des matières premières pour relancer son secteur manufacturier. De plus l’Inde a subi sa propre crise économique en 2013 et se trouve donc en plein dans le mouvement haussier de son cycle économique.

Une crise des exports

La Chine et le cours des matières premières, particulièrement celui du pétrole, semblent être les coupables les plus évidents de la présente tourmente des marchés émergents. En effet quand le 3ème importateur mondial et premier importateur mondial de pétrole voit ses imports chuter de 15% en glissement annuel, on peut s’attendre à ce que les pays dont la croissance est basée sur l’export souffrent soudainement d’un large manque à gagner sur leur balance commerciale. La santé de l’économie brésilienne par exemple est inextricablement liée à celle de l’économie chinoise: ses imports, essentiellement des produits de bases, vers la Chine ont été multipliés par 44 entre 2000 et 2011 (Valor Econômico, 2012). Il n’est donc pas étonnant de voir les économies comme le Brésil ou la Corée du Sud chahutées par les récents déboires de l’économie chinoise.

La faute à l’or noir

De son côté, la démarche chaloupée du cours de l’or noir semble être le résultat d’un puissant «bras de fer» entre les pays de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) et le reste des pays producteurs de pétrole. En effet le cartel pétrolier mené par l’Arabie Saoudite s’est engagé sur le sentier de la guerre en choisissant d’extraire un nombre record de barils par jour depuis le début du crash pétrolier. Le but de cette manœuvre est de forcer les pays à hauts coûts d’extraction à réduire leur production afin que le cours du pétrole se rétablisse à des niveaux raisonnables tout en permettant aux pays de l’OPEP de conserver leur part de marché. Si cette stratégie commence enfin à porter ses fruits, elle est dévastatrice pour les gouvernements des pays émergents tel que le Kazakhstan et le Vénézuela qui financent leur réformes structurelles avec leurs exports pétroliers. Plus grave, les bas niveaux des cours des matières premières exercent une forte pression baissière sur les devises des économies émergentes ce qui a pour effet d’accentuer la fuite des capitaux, augmenter les taux d’intérêts sur la dette souveraine, et de rendre les dettes publiques libellées en devises étrangères beaucoup plus chères.

En somme, même si la situation ne semble pas facile pour les économies émergentes, elle pourrait être bien pire: le bas prix du baril permet aux pays importateurs de pétrole de développer leur secteur manufacturier et force les autres à restructurer leurs économies sur un modèle plus sain que l’export de matières premières. La possible hausse des taux d’intérêts de la Réserve Fédérale américaine ce mois-ci pourrait par contre faire basculer cette situation précaire dans une véritable crise des marchés émergents, le sujet n’est donc pas clos.