Katharine Hepburn, l’art d’être insupportable
24 mars 2015 - Image par Biography.com
Avec The Great Kate, le FIFA met à l’honneur l’actrice hollywoodienne.

Beaucoup de grands noms d’hier sont encore connus aujourd’hui, des actrices telles que Grace Kelly, Rita Hayworth ou encore Ingrid Bergman figurent parmi les mythes du cinéma américain d’après-guerre et fascinent le monde cinéphile par leur beauté et leur capacité à faire rêver. Cependant, parmi celles qui ont foulé les sommets du 7e art, très peu sont parvenues à inspirer assez de respect chez les mâles environnants pour surmonter le statut de simple fantasme et entrer dans la postérité. Sans l’ombre d’un doute, Katharine Hepburn fait partie de ces exceptions-là et le réalisateur Rieke Brendel profite de la 33e édition du Festival International du Film sur l’Art pour retracer la carrière de celle qui n’avait pas la langue dans sa poche.

Depuis sa jeunesse, Katharine rechigne le fait d’être une fille. Elle refuse de porter des robes, de se maquiller et cultive un style garçon manqué qui fait fuir les producteurs en quête de glamour, et ce,  dès ses premiers pas dans le milieu du spectacle. Nous sommes au début des années trente et très souvent, elle se fait mettre à la porte, chose qu’elle justifie en expliquant simplement: «Je pense que parfois, j’irrite les gens.» Elle se marie, mais la vie de femme au foyer l’ennuie et elle retourne vite jouer la comédie. Cependant, elle peine à cacher son accent rustique et son jeu trahit un manque d’expérience qui ne séduit pas les compagnies hollywoodiennes. Mais un séjour à Broadway, plusieurs cours de théâtre et quelques succès plus tard, Miss Hepburn achète les droits du film de George Cukor Philadelphia Story où elle tient le rôle principal aux côtés d’un James Stewart et d’un Cary Grant pétulants. En prenant part  à la production de ses films, elle parvient à imposer ses propres termes à l’industrie du cinéma.

Seule actrice à avoir été récompensée par l’oscar de la meilleure actrice à quatre reprises – qu’elle n’a d’ailleurs jamais pris la peine de venir chercher –  non pas Audrey mais Katharine Hepburn avait ce quelque chose, qu’elle-même semble avoir du mal à expliquer: «Je ne pense pas que ça soit du talent, mais je ne sais pas ce que c’est» qui a fait qu’après cinquante ans de carrière, le public la réclamait encore. Elle impressionnait, donnait du fil à retordre à tous ceux avec qui elle partageait l’affiche tout en conservant une sensibilité qui empêchait de vous la rendre détestable. Cette sensibilité, elle la cultivait à travers la peur, sentiment qu’elle refusait de subir mais essayait plutôt de percevoir comme une motivation.

Tout semble alors confirmer ce dont on commençait à  être certains: Katharine Hepburn a une personnalité et un caractère plutôt étrangers au royaume du banal. Il convient cependant de rester prudent avant de clamer haut et fort le mot «légende». Car on sait bien que les documentaires sur les célébrités aiment donner une tournure spectaculaire aux détails les plus anodins si cela permet aux spectateurs de voir, même en leur femme de ménage, la nouvelle Marlene Dietrich. En plus de ce risque d’exagération, raconter la vie de Katharine est particulièrement délicat sachant qu’elle a refusé de donner la moindre entrevue avant ses 68 ans. Pour la première fois, elle accepte alors ce qu’elle présente comme un calvaire par cette phrase qui illustre son humour pinçant de façon formidable: «La mort sera probablement un soulagement, je n’aurai plus à faire d’entrevues.»