Austère, vous avez dit austère?
24 mars 2015 - Image par Gwenn Duval
«Il n’y a pas de solution miracle, juste des choix informés.»

Austérité. C’est le mot que tout le monde a à la bouche ces derniers temps. C’est la mesure à la mode de la plupart des gouvernements des pays développés. Faisons maintenant rentrer sur le ring son grand adversaire keynésien: l’augmentation de la dépense publique. Le professeur en macroéconomie, l’ouvrier de l’usine du coin vont se mettre à crier que telle mesure est meilleure que l’autre. Faut-il donc faire exploser le budget ou se serrer la ceinture? Contrairement à la religion, dans le domaine de l’économie, la réponse se trouve rarement dans un livre. Pour l’Espagne, le Portugal, ou encore l’Irlande cela semble marcher, pour l’instant. Mais à quel coût? La majorité des gouvernements qui ont implanté ces mesures, souvent sous la pression de la Banque centrale européenne (BCE), souffrent d’une forte baisse de popularité, les acquis sociaux étant généralement les premiers sabordés. Quand les personnalités politiques déclarent que les mots «relance» et «austérité» sont antonymes, je ris doucement (mais au fond je m’inquiète aussi pour l’avenir du Québec). Je vois l’augmentation de la dépense publique et l’austérité comme deux manières de réagir. Lorsqu’un arbre fruitier est malade, on peut soit continuer d’acheter des produits traitants pour le guérir, soit élaguer la branche malade. Est-ce que c’est parce qu’il y a deux méthodes, que l’une d’entre elles ne marche pas? Quiconque répondrait oui à cette question doit sérieusement se remettre en question.

Contrairement à ce qu’en pensent les détracteurs de l’austérité, je suis convaincu qu’elle est absolument nécessaire au désendettement d’un gouvernement. J’approuve et soutiens tout gouvernement qui suit ce chemin vers un financement plus sain. Mais ce n’est pas une mesure que l’on peut lancer tous les dimanches parce qu’on s’est aperçu qu’on avait été trop généreux la semaine dernière. L’austérité est une véritable sonnette d’alarme et engage à des réformes en profondeur du système, avec un horizon bien plus lointain que la date des prochaines élections. C’est aussi une nécessité pour beaucoup de gouvernements afin de rétablir une balance dans un modèle actuel qui prône le surendettement des États. Pour les gouvernements concernés, le choix est simple: soit l’application rapide d’un modèle plus austère pour réussir un assainissement du niveau de leur dette souveraine, soit la persévérance à dépenser à ces niveaux pendant assez longtemps pour se voir devenir la nouvelle Grèce. Et honnêtement, personne ne veut avoir à supporter l’humiliation qu’a subie le peuple grec.

Pour finir, je pense qu’un gouvernement qui propose des mesures d’austérité, c’est un gouvernement qui devrait avant tout demander un changement d’esprit et une cohésion au sein de la classe politique. Comment pourrait-on demander au peuple de suer pendant trois ou quatre ans, si c’est pour que le prochain gouvernement détruise cet effort en six mois en passant des lois et des décrets très coûteux? Mais cet argument relève plus de l’utopie que d’une possible réalité. Même si le gouvernement Couillard avait ravalé son arrogance et son égo en proposant à l’opposition de travailler, main dans la main, sur un projet d’austérité sur le long terme, aucun parti n’aurait participé de façon productive, au risque de compromettre ses chances d’être élu aux prochaines élections.

L’austérité n’est pas plus la matraque des capitalistes que l’augmentation des dépenses publiques n’est le marteau des communistes. Ce sont juste deux mesures qui sont, je le pense, nécessaires à un gouvernement en crise. Le choix de l’une ou de l’autre dépend simplement de l’horizon désiré et surtout du contexte social, politique, et économique dans lequel elle s’exerce.