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17 février 2015 - Image par Mahaut Engérant
Demilitarize McGill dénonce les sociétés de façade.

Des militants du collectif Demilitarize McGill ont rendu publics, par voie de communiqué de presse dans la journée du 11 février, des documents démontrant l’usage courant de sociétés de façade par des professeurs mcgillois du Département de génie mécanique. Ces sociétés seraient utilisées afin de faciliter l’obtention de contrats avec l’agence gouvernementale Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC). Cependant, ce que les membres de Demilitarize McGill voient comme une tentative de dissimulation de recherches aux fins moralement répréhensibles et «loin de tout regard indiscret» selon le communiqué, représente  une pratique commune pour les professeurs du département concerné et permet de gagner du temps en évitant certains tracas administratifs. Les arguments contradictoires des deux côtés rendent donc ardu de savoir si ces recherches et leur mise en pratique sont éthiques ou non.  

Société de conseil ou société de façade?

La société ZND Inc., celle dont le nom figure sur le contrat avec RDDC rendu public par Demilitarize McGill, a été déclarée sous le nom et à l’adresse personnelle du professeur David Frost du Département de génie mécanique de McGill. En entrevue avec Le Délit, celui-ci ajoute que la société a été enregistrée en 1995. M. Frost affirme qu’une telle démarche est très courante au sein du département, car elle permet aux professeurs de faire du conseil en dehors de McGill. «Presque tous les professeurs en génie mécanique ont leur propre société. On nous encourage à avoir des sociétés afin de faire du conseil hors campus», assure M. Frost. «Quand nous faisons des tests hors campus, c’est plus simple pour éviter des problèmes de propriété intellectuelle, c’est plus rapide en général» ajoute-t-il. Luc Monceau, professeur en charge du Département de génie mécanique, avance quant à lui le chiffre de huit professeurs du Département ayant leurs propres sociétés, ce qui, sur un total de 30 professeurs reste assez loin de la majorité dont parle M Frost. M. Monceau ajoute que la consultation à l’externe par les professeurs mcgillois se réduit généralement à quelques jours par année, car ces derniers sont tenus d’enseigner, et souvent de superviser des étudiants en cycles supérieurs.
Kevin Paul, membre de Demilitarize McGill et étudiant en droit, pense quant à lui que «le problème est que tout indique que des ressources de l’Université sont utilisées pour cette recherche, donc l’affirmation que cette recherche se fait en dehors de McGill n’est pas très crédible». Certaines batteries de tests pour le RDDC se font au laboratoire canadien de recherche en explosif à Ottawa, ce qui explique le fait que 20 000 dollars aient été alloués dans le contrat pour les frais de déplacement du professeur et de ses assistants. Seulement, ce contrat ne fait mention que de quatre heures de location par ZND Inc. du complexe d’explosion contrôlé à Ottawa, ce qui semble peu aux yeux de Demilitarize McGill. Certains tests doivent être effectués à McGill selon M. Paul, mais M. Frost assure louer des installations hors du campus.

En plus de ZND Inc., le communiqué du collectif dénonçait la société Reactive Energetics Inc., gérée par les professeurs Andrew Higgins et Samuel Goroshin, et enregistrée au nom de ce dernier. Reactive Energetics Inc. a signé des contrats avec le Département de la défense. Comme David Frost, Andrew Higgins et Samuel Goroshin font partie du groupe de physique d’ondes de choc (SWPG) de McGill, mainte fois dénoncé par Demilitarize McGill pour ses sujets et pratiques de recherche.

Outre le problème de savoir si les sociétés come ZND Inc. utilisent les ressources de l’Université, la nature des recherches qu’effectue la société pour le RDDC est source de contradictions dépendamment de qui en parle. On peut lire dans le contrat que ZND Inc. cherche à «comprendre et améliorer la performance de mélanges explosifs hétérogènes […] qui contiennent des particules métalliques réactives», ce qui selon Demilitarize McGill se réfère aux explosifs thermobariques. «Le langage [dans le contrat] est explicite, et dit que l’objectif de ces recherches est d’améliorer ces explosifs.» M. Frost, de son côté, affirme que sa recherche se concentre principalement sur les phénomènes physiques comme la combustion du métal pour faire brûler des particules de métal dans certains supports, et affirme que la combustion du métal possède beaucoup d’applications commerciales aujourd’hui.

Quels que soit les réels objectifs et les conditions dans lesquelles les recherches de sociétés comme ZND Inc. et Reactive Energetics Inc.  sont menées, elles sont dans le viseur de Demilitarize McGill. Kevin Paul affirme que «Demilitarize McGill est prêt à agir pour faire pression sur l’Université pour perturber les recherches jusqu’à ce qu’elles ne se passent plus.«