Après la rue
13 janvier 2015
Assurément, ce temps-ci est un autre temps.

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Un rebelle est un rebelle

Deux sanglots ne font qu’un glas

Aragon, «La Rose et le Réséda»

Assurément, ce temps-ci est un autre temps. Assurément, les commentaires, la redite. Assurément, les reprises et les détournements politiques. Assurément, les zouaves du premier rang qui hurlent «Liberté!» comme s’ils étaient Rambo ou bien Jeanne d’Arc. Assurément, le temps du religieux politique serait le temps des assassins si les assassins avaient besoin de religieux politique pour tuer. Assurément, on ne peut pas rire de tout, pas avec tout le monde. Assurément, la peur, l’angoisse, l’inconnu. Assurément, la sécurité de McGill qui nous propose de placer des œillères aux portes de nos bureaux, déjà cadenassées. Assurément, les journaux francophones ont osé publier des caricatures du prophète, ce que n’ont pas fait les autres. Assurément, cette secousse passée, tout rentrera dans l’ordre, et ces gros chats que sont la presse ronronneront de plus belle. Assurément, l’indépendance éditoriale est menacée par les phénomènes de concentration, la précarité de Charlie Hebdo en témoignait suffisamment.

Assurément, cette irruption du réel dans nos vies mornes, plates et tranquilles, est une aventure — aventure collective qui plus est. Assurément, les petits-enfants de Daumier se seraient régalés devant ce peuple qui bout. Assurément, ils n’en auraient rien eu à cirer, de ces flons-flons et de ces Marseillaises. Assurément, les honneurs déshonorent et ce mot-clé résonne déjà creux à nos oreilles usées. Et pourtant ce Je devenu Foule, ce Je Plusieurs existe, a existé. Rien n’est plus beau que d’être ensemble.

— «Sortons de là, dit Hussonnet, ce peuple me dégoûte.»

— «N’importe! dit Frédéric, moi, je trouve le peuple sublime.»

Assurément, ce temps-ci est un autre temps.