Désordre en mot d’ordre
13 janvier 2015 - Image par Mathieu Lefèvre
Exposition sur la désobéissance en démocratie à l’UQAM.

La galerie d’art de l’UQAM démarre sa saison 2015 avec l’exposition Le Désordre des choses, menée par les commissaires Marie-Ève Charron et Thérèse St-Gelais. Ces dernières, respectivement critique d’art au Devoir et professeure d’histoire de l’art contemporain à l’UQAM, ont puisé dans leur expérience des manifestations estudiantines du printemps 2012 l’idée de construire autour du thème de la désobéissance. En effet, à travers les nombreuses œuvres présentées ressort la volonté de célébrer l’insoumission aux normes, canons et hiérarchisations arbitraires. Thérèse St-Gelais explique au Délit: «il faut toujours se montrer critique face à ce qu’on nous dit, face à ce qu’il est dans la normalité de faire. Cette normalité-là peut être embarrassante, contraignante, et c’est précisément des œuvres qui recherchaient cette dissidence, cette désobéissance qu’on a voulu présenter.»

Regroupant les œuvres d’artistes canadiens (Edith Brunette, Michel de Broin, Mathieu Lefèvre, Emmanuelle Léonard, Arkadi Lavoie Lachapelle, Christine Major) ou étrangers (Maria Marshall, Catherine Opie, Melanie Smith et Rafael Ortega, Pilvi Takala, Rosemarie Trockel), l’exposition Le Désordre des choses se dresse comme un véritable appel à la contestation. Contester les espaces institutionnels qui disciplinent les corps; le capitalisme qui conditionne le monde du travail autour de l’ordre et du rendement; le rapport sociétal où la surveillance a remplacé la solidarité; les canons esthétiques imposés; les associations préétablies et les classifications factices; le (politiquement) correct; les usages socio-économiques régulés; le consensus annihilateur de débats; l’art comme produit institutionnel; le refus du corps différent… Autant de visions du monde que les artistes s’attèlent premièrement à remettre en question avant de proposer des contre-discours. Par exemple, Mathieu Lefèvre transforme une litière pour chat en peinture, se moquant à la fois de l’art conceptuel et des grandes traditions de lecture en histoire de l’art. Maria Marshall pénètre la sphère privée et s’attaque au sacre de l’amour d’un enfant à sa mère. Dans une installation vidéographique, les propres enfants de l’artiste britannique se balancent dans un hamac, répétant en boucle «I love you Mommy, I hate you.» (NDLR: Je t’aime maman, je te déteste)

Cependant, face à une manifestation culturelle qui prône la dissension et questionne l’autorité et ses normes, une question se pose: cette exposition vise-t-elle à souligner le déclin des valeurs démocratiques et le renforcement de régimes de vérité ou justement le contraire, c’est-à-dire à profiter d’un environnement démocratique qui rend possible, par définition, toutes les divisions et les résistances? À cette question, Thérèse St-Gelais affirme vouloir mettre à l’honneur l’idée de désobéissance mais de «façon positive». En effet, la démocratie ne peut pas exclure la dissension sans se nier: la désobéissance civile relève donc de la possibilité démocratique.

Enfin, la commissaire de l’exposition avoue au Délit, que ce soit en référence aux attentats qui ont secoué Paris la semaine dernière ou à d’autres scandales autour d’œuvres comme la robe en viande de Jana Sterback, que l’art ne devient désordre que pour ceux qui ne parviennent pas à faire la différence entre représentation et réalité. «Il faut que dans le monde de la représentation on puisse dire ce que l’on pense, ce à quoi l’on croit, mais évidemment dans la réalité c’est autre chose»: que ce soit en art, en caricature, ou dans tout milieu artistique, l’important est donc l’idée. L’exposition Le Désordre des choses ne se veut donc pas le simple médium du «beau». «Pour moi, l’art demeurera toujours une façon de comprendre le monde autrement et d’ouvrir à de nouvelles façons de penser et de voir, et de déroger aux attentes sociales et idéologiques. C’est important de montrer que c’est possible» conclut Thérèse St-Gelais en appelant à la nécessité de s’exprimer. 

 
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