Défier l’oppression culturelle
24 novembre 2014
Conférence sur les femmes et les crises sanitaires mondiales.

Le groupe McGill Students for UN Women National Committee Canada (Étudiants à McGill pour le comité national canadien de l’ONU, ndlr.) a organisé le 13 novembre dernier une réunion informelle de spécialistes sur les femmes et les crises sanitaires mondiales. Cette question est particulièrement d’actualité à cause de la propagation du virus Ebola. Les conférenciers comptaient les deux anthropologues médicales Sandra Hyde et Anat Rosenthal, ainsi que Nitika Pai et Drissa Sia de l’Institut des politiques sociales et de la santé à McGill. Ils ont parlé de l’intersection de l’épidémiologie et du sexe, tous d’un point de vue particulier et propre à leur domaine professionnel. Nikita Pai, en entrevue avec Le Délit, soutient que les tables rondes sont d’excellents forums pour discuter des thèmes qui ne sont pas couverts en cours. Le fait d’interagir avec des professionnels et de se projeter dans la cause offre une grande valeur ajoutée pour les étudiants.

Julie Cumin, étudiante en histoire et psychologie à McGill, souligne la difficulté de rendre l’information scientifique accessible aux hommes politiques. Elle maintient qu’il est crucial de comprendre «les origines socio-économiques et inhérentes de la vulnérabilité humaine, afin de créer des systèmes de priorisation qui promeuvent l’équité sanitaire.»

Comprendre la vulnérabilité des femmes

Pour les organisateurs de la conférence, il est essentiel de comprendre l’impact de la vulnérabilité. Anat Rosenthal explique que pour les femmes, la vulnérabilité peut avoir une nature pathologique, c’est-à-dire qu’elle peut provenir de l’oppression sociale et culturelle d’un groupe. Rosenthal distingue la vulnérabilité innée de la vulnérabilité situationnelle: les femmes ne sont pas biologiquement prédisposées à courir un plus grand risque face aux crises de santé. C’est en effet leur situation qui les met en péril, en particulier à cause des normes associées à leur sexe et les pratiques culturelles conséquentes.

En guise d’illustration, Drissa Sia a mentionné les différents facteurs qui facilitent la contraction du VIH/SIDA chez les femmes en Afrique sub-saharienne. Leur position inférieure dans la communauté fait qu’elles ont très peu de pouvoir dans les prises de décisions sexuelles et ne peuvent pas toujours réclamer l’usage d’un préservatif.

Sandra Hyde a parlé des femmes et de l’Ebola, en mentionnant la statistique effrayante de «55-75%», soit le nombre de victimes d’Ebola qui sont des femmes. Ces chiffres révèlent que les rôles attribués aux deux sexes sont inextricablement liés aux soins de santé. M. Hyde soutenait lui aussi que les infirmières sont aux premiers rangs pour donner des soins aux patients, et elles sont souvent celles qui se consacrent au traitement des fluides corporels contaminés.

Dr. Nitika Pai a conclu la conférence avec des anecdotes de son expérience en tant que jeune fille en Inde. Ceci l’a menée à expliquer comment la sensibilisation des hommes et surtout l’encouragement au dépistage du SIDA peuvent radicalement changer le chiffre de femmes qui sont atteintes par la maladie. Mais le plus important reste de défier les facteurs socioculturels, ces normes, qui nuisent à la santé des femmes.

La récente campagne #HeforShe lancée par McGill Students for UN Women National Committee Canada souligne l’importance d’impliquer les hommes dans la scène féministe par simple intérêt humaniste. D’où l’importance de montrer aux gens la pertinence des sujets comme celui de la vulnérabilité de la santé des femmes, même dans notre propre société. Docteure Pai pense que ce thème est «inextricablement tressé dans le tissu social partout», qu’il existe un réseau de causes qui fait que les facteurs socioculturels vont toujours fragiliser les femmes. Il en va de même pour les personnes de couleur, ou de classe économique désavantagée, en Afrique comme en Amérique du Nord. McGill émerge comme une lueur d’espoir dans notre communauté occidentale, avec ses pratiques sensibles au genre et aux personnes vulnérables. Mme Pai note le ratio optimiste hommes/femmes dans sa propre Faculté de médecine comme indicateur de la progressivité de McGill. Mais il faut aller au-delà, il faut chercher à promouvoir la liberté des femmes au niveau local, démanteler les structures sociales qui sont si dangereuses. C’est pour cela que la conférence était orientée sur les enjeux africains, là où le problème est le plus grave.