Le train de l’enfer
23 septembre 2014 - Image par Luce Engérant
Retour sur un grand succès éditorial de l’année passée.

Jean-Paul Didierlaurent. Le liseur du 6h27. Publié par l’édito. Année: 2014. Dois-tu lire ce livre? Si tu aimes les mots voltiges, les métaphores immersives et les histoires touchantes, cours, cours te dis-je, te procurer ce livre. Tu t’en doutes déjà, c’est bien l’histoire d’un homme qui lit dans le train du 6h27. Ne t’arrête pas ici. Il lit des pages de livres morts. Des peaux sauvées des champs de guerre que laisse la Zerstor 500, appelée plus communément la Chose, une machine qui réduit en bouillie des milliers de livres invendus. Des peaux brisées, qui délaissent leur dernier souffle amer entre les doigts amoureux de leur propre bourreau.

Car Guylain Vignolles, —eh oui, quel nom!—, est l’un de ces antihéros qui finissent par te prendre au cœur par leur pathétisme. Donc, un Guylain qui hait son travail et qui a pour seuls amis un poisson rouge, un vieillard qui récite des alexandrins et un autre qui s’est fait allègrement manger les jambes par la Chose. L’enfer de tout littéraire au cœur de papier.

 Mais dans le train de 6h27, le train vers cet endroit maudit, Guylain trouve une clé USB. Une jeune fille qui nettoie des toilettes y a déposé ses mémoires. Une histoire d’amour? Oui, certainement. Entre Guylain et la mystérieuse cure-cuvette? Non pas. Une histoire d’amour entre un littéraire manqué et des livres de papiers. Une histoire qui repose la sempiternelle question: la littérature est-elle morte? Le support importe-t-il réellement? Jean-Paul Didierlaurent raconte de quelle façon, peu importe le moyen, peu importe la langue, peu importe le lieu ou le moyen de lecture, la littérature est vivante, survivante. 

Ce texte impose une autre belle question: faut-il réellement détruire ces livres invendus? Les traiter comme des objets mal-aimés, inexistants malgré leur matérialité? Ne pourrait-on pas trouver un moyen d’empêcher l’existence d’un monstre tel que la Zerstor 500?