Tu me chantais, l’autre soir -Philippe Robichaud
1 avril 2014
Cahier Création 2014

Tu me chantais, l’autre soir

ne t’endors pas
tu seras portée outre ce ptyx
et on embaumera la soirée dans un grand musée
mais seulement au petit matin
ce soir on prépare la rixe

de balbutiements en hoquets
tes trajectoires-correspondances
flottent – pondérées – les temps d’une
parole balistique
quelque part entre la bouche de son canon et son immanquable déflagration
souple et parfaite comme une diastole
scission de ciel et d’horizon
en grand ressac systole avançant de travers

à ces moments-là
fais-moi encore un peu la cour
avant qu’une petite perle de plomb
n’aille reposer au fond
de tes rétines rétives

languissantes anémies d’un moment
s’effacent insensibles puis sautant satanée
bondit s’esclaffant mère veille bidonnée
sous le pont des morceaux coule l’éthanol
les jours s’en vont d’autant je meurs
joies de te voir cracher ton casse-malheur

quelle folle miraculée
mère marie nouvellement immaculée

rousseur de soupirail entoure tes oreilles
pareille aurore y fait couler un sang vermeil
mais ce n’est pas cela que j’ai tant entendu
c’est bien encore autre chose qui se sera su

inopinément tu m’auras mu
manies ou mana supposons au cru
ta bouche haletante à sa vue m’abreuve
fi donc de raisons et de preuves

ne t’endors pas
quand tu dis je t’aime
et qu’on y rajoute pas grand-chose
seulement au petit matin
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