Un personnage sort de son livre
18 mars 2014 - Image par Gwenn Duval
Alain Farah inaugure les soirées Portes Closes à la librairie Raffin.

Mardi soir dernier, un auteur, un narrateur, un lecteur, un acteur et un professeur de littérature se sont assis en même temps sur le même tabouret, portant tous le même nom mais venant d’époques différentes. Ceci dit, ils n’étaient pas seuls. C’était à l’occasion de l’inauguration des soirées Portes Closes à la librairie Raffin de la Plaza Saint-Hubert, une série d’événements qui consacreront une soirée, une fois par mois, à l’univers d’un livre.

Pour cette première édition, le responsable des communications de la librairie, Steph Rivard, a décidé d’inviter la journaliste Marie-Louise Arsenault qui anime l’émission «Plus on est de fous, plus on lit!» sur Radio Canada, et dans laquelle Alain Farah, professeur au département de langue et littérature française à McGill, tient la chronique «Je pense donc je cite». La journaliste devait désigner un auteur, le choix s’est arrêté sur son collaborateur qui a été invité à parler de son roman paru en août 2013: Pourquoi Bologne. Afin de donner vie à l‘œuvre et d’en expliciter le rapprochement avec la culture populaire, François Létourneau, Marc Beaupré et Anne-Élisabeth Bossé, trois comédiens de Série noire étaient aussi invités.

Devant un auditoire attentif, les quatre interprètes ont lu deux extraits du livre et deux scènes de l’émission dont l’une était inédite et ne sera sur les ondes que dans deux semaines. Les deux œuvres jouent des mises en abîmes, brouillant les distances entre l’auteur et le personnage. Pourquoi Bologne raconte l’histoire d’un écrivain qui compose un roman et Série noire celle de deux scénaristes qui doivent écrire le scénario d’une émission. Les dialogues étaient vifs et ont suscité le rire du public à plusieurs reprises.

Après les lectures, Marie-Louise Arsenault a entamé une période de questions à François Létourneau et à Alain Farah. Incisive, elle les a fait parler de l’image de la femme dangereuse ainsi que de la place de la famille dans leurs créations.  Les spectateurs, assis par terre ou debout, un Cosmopolitan à la main (le cocktail du roman), ont eu droit à quelques révélations sur les pensées des auteurs. Cependant, on ne sait plus trop qui répond aux questions lorsque l’auteur et le personnage se confondent ainsi. La vie croise la fiction et on peut se demander à juste titre lequel, entre le professeur de littérature, l’acteur, le lecteur, le narrateur ou l’auteur a déclaré: «Lady Gaga est plus importante que Jean-Sébastien Bach».

François Létourneau, quant à lui, a soutenu qu’on ne peut pas sortir les personnages d’une œuvre. Il reconnaît tout de même que le rôle qu’il s’est composé dans la série est inspiré de sa personnalité et rendu plus «méchant». La fiction dans la fiction avec laquelle jouent les deux auteurs leur permet de se demander «pourquoi on fait l’Art avec un personnage qui cherche lui-même un sens à sa vie par l’Art». La distance avec la vie est trouble: à la fois établie par le procédé et confuse par une soirée comme celle-ci. La question du réel qui se mêle à la fiction a été mise en action à la libraire Raffin. On peut simplement se demander si l’instauration d’une tradition – celle qui aura lieu une fois par mois – arrivera à rejoindre cette dimension.