Sortir de la rue
11 mars 2014
Gouvernement, municipalités et associations contre l’itinérance.

*Cahier Spécial « Hors Norme »

Ils étaient environ 30 000 à vivre dans les rues de Montréal en 1998, lorsque les dernières données sur l’itinérance ont été recueillies. Aujourd’hui, personne ne connaît vraiment l’ampleur du problème. Ce qui est sûr, c’est que des milliers de personnes restent sans-abri et abandonnées à des conditions de vie précaires. Les profils sont très divers: femmes, jeunes, personnes atteintes d’une dépendance à l’alcool, aux drogues ou au jeu, de troubles physiques et mentaux. Selon Manon Dubois, directrice du développement et des communications à la Maison du Père, un des principaux organismes montréalais d’aide aux sans-abri, les causes seraient principalement le manque de logements sociaux, l’insuffisance de l’aide sociale, la précarité de certains emplois et le trop faible encadrement des victimes de déficience mentale.

Un certain nombre d’organismes, comme la Maison du Père, l’Accueil Bonneau, le journal L’Itinéraire ou encore la Mission Old Brewery interviennent au quotidien auprès des personnes itinérantes de Montréal. Ils proposent des services d’aide allant de la distribution de repas et de vêtements à la réinsertion professionnelle en proposant des contrats, en passant par l’hébergement ou encore l’encadrement psychosocial. Selon certains, lutter contre l’itinérance est de la responsabilité de tous. «On a du soutien [du public] et des entreprises, explique Madame Dubois. Le gouvernement doit s’occuper de l’itinérance mais c’est aussi au niveau de la société qu’il doit y avoir une implication».

Les élus retroussent leurs manches

Québec a annoncé, dans son dernier budget, la construction de 3250 logements sociaux, dont 500 réservés aux itinérants. Cette première mesure s’inscrit dans un cadre plus large, la Politique nationale de lutte à l’itinérance, qui vise également à intervenir en matière de services de santé, de services sociaux, d’éducation, d’insertion sociale et professionnelle. La politique du gouvernement Marois est très bien reçue par la plupart des organismes caritatifs dans ce domaine. «C’est un bon pas en avant [de la part d’un] gouvernement qui semble s’intéresser de plus en plus à cette cause-là, qui ne veut plus dissimuler mais vraiment résoudre le problème», se réjouit Dorian Keller, adjoint aux communications et relations de presse du journal L’Itinéraire. Manon Dubois, de la Maison du Père nuance toutefois cet enthousiasme: «il n’y a pas encore d’injection de fond, [ni] d’action. On est en attente.» Le nouveau maire de Montréal, Denis Coderre, semble par ailleurs concerné par le problème de l’itinérance, la plaçant comme une de ses priorités. Il avait annoncé, en janvier dernier, vouloir débloquer une part de son budget à cet effet et a été un des instigateurs de la résolution du gouvernement québécois.

Créer une conscience à McGill

L’événement annuel 5 Days for the Homeless [5 Jours pour l’Itinérance, ndlr] a lieu cette semaine dans 26 universités à travers tout le Canada. Lancé en 2005 à l’Université d’Alberta, cet événement amène ses participants à vivre cinq jours sur le campus dans des conditions similaires à celles des itinérants (dormir dehors, pas d’accès aux douches, pas d’argent ni de nourriture) tout en assistant aux cours de façon régulière. Ils doivent par ailleurs sensibiliser les étudiants et le corps universitaire, ainsi que lever des fonds pour des charités locales. La campagne mcgilloise soutient cette année les associations Dans la Rue et Chez Doris, la première étant spécialisée dans l’itinérance des jeunes, et la seconde dans celle des femmes.

«On n’essaye pas seulement de lever des fonds pour une cause mais de vivre la cause. […] Ça nous donne beaucoup d’attention et d’impact, explique Jonathan Bacon, directeur des promotions de 5 Days for the Homeless à McGill. [Bien que les situations ne soient pas comparables], après cinq jours, on a quand même une idée de ce que c’est d’être dans la rue. Ça change vraiment les gens». Il affirme que les étudiants, comme les autres, ont de quoi se sentir concernés. «J’ai fait du bénévolat un peu partout et j’ai rencontré des itinérants qui me ressemblaient beaucoup en quelque sorte, qui ont juste été malchanceux à une époque de leur vie, insiste-t-il. L’itinérance, ça peut arriver à tout le monde, même aux étudiants qui vont à McGill».