Méchante publication
25 février 2014

Le 19 septembre 1977, veille de la première publication du Délit,  notre consœur The McGill Daily publiait une lettre écrite par «an Irate mother», plus que furieuse d’apprendre la création d’un journal francophone dans «la meilleure université de la province». Cette lettre, accusant la destruction prochaine de l’Université par la minorité francophone, a marqué au fer rouge la naissance de notre journal. Avant même sa création, Le Délit posait la question de la langue française.

Cette méchante langue, nous en avons fait notre mandat. Être le porte-parole des voix francophones du campus; proposer une information et un regard différent sur McGill et le Québec: voilà les tâches auxquelles Le Délit n’a cessé de s’atteler.

Lors de la conférence «Méchante langue» qui s’est tenue ce lundi 24 février au Pavillon Leacock, Olivier Marcil remarquait que McGill «n’a jamais été aussi francophone que maintenant». Nous ne saurions lui donner tort. Rendre visible sur le campus le débat francophone nous est apparu comme une nécessité cette année. Et pour cause, Le Délit n’avait pas organisé une telle conférence depuis 1985, sous l’ère de Manuel Dussault. Ce dernier, alors rédacteur en chef adjoint, avait fait s’asseoir à la même table Benoit Léger, président de l’Association générale des étudiants de langue et littérature françaises (AGELF), le professeur Yvon Rivard du Département de langue et littérature françaises (DLLF) et le vice-principal aux affaires externes de McGill d’alors, M. Luc Joli-Cœur. Cette conférence portait, sans surprise, sur la condition de l’étudiant francophone à McGill.

Aussi, travailler de concert avec la Commission des Affaires Francophones (CAF), l’AGELF, le DLLF et même l’administration est une chose qui nous tenait à cœur, et nous saluons leur participation.

La récente création de la troupe de théâtre francophone Franc-jeu est peut-être bien la preuve que notre communauté s’anime et continuera de se mobiliser, sous toutes les formes possibles.

Mais revenons à nos méchants moutons.

Voir le Ministre de la Culture, Maka Kotto, se présenter avec simplicité et compréhension pour saluer une démarche particulière —celle qui nous fait organiser avec la CAF une conférence uniquement en français sur un campus anglophone—, voilà qui nous encourage.

Voir une professeure du Département de langue et littérature française (Madame Bouchard) dépoussiérer nos racines linguistiques et leur donner un ton irrévérencieux, voilà qui n’est pas pour déplaire au Délit, du moins à son champ sémantique.

Voir Monsieur Desgagné, du Centre de la Francophonie des Amériques, présenter d’un œil pragmatique les réalités francophones, francophiles, et francophoniles des Amériques était un rappel clair et nécessaire. Voilà qui nous interpelle et nous engage à ne pas oublier de regarder les francophonies comme une affaire plus complexe que le suggère le discours officiel.

Voir un Daniel Weinstock se dire ému de retrouver l’équipe du Délit, trente ans après en avoir été le rédacteur en chef —à l’époque où le journal portait encore le nom de sa publication jumelle— voilà qui nous galvanise.

Enfin, la rhétorique imparable et l’humanisme de l’ambassadeur de l’Organisation internationale de la Francophonie auprès des Nations Unies, Filippe Savadogo, nous laissent avec raison sur une note d’espoir. Tant qu’il y aura des ponts et des maillages à construire et à tisser dans nos espaces linguistiques, on aura encore une bonne raison de sourire.