Au pied du mur
25 février 2014 - Image par Gwenn Duval
Omar, film nominé aux Oscars 2014 dans la catégorie «Meilleur Film étranger».

Je vous vois d’ici vous morfondre, car oui, la Saint-Valentin, c’est déjà fini. Finis les mots d’amour et les paroles mielleuses, les chocolats et les films à l’eau de rose. Alors, rien que pour vous, lecteurs aux cœurs d’artichaut, Le Délit vous propose un petit retour aux origines avec un film d’amour comme on les aime. Omar, c’est un peu notre Roméo des temps modernes. Malheureusement, on aurait préféré qu’il lui suffise de grimper au balcon de sa bien-aimée pour lui susurrer des mots d’amour. Au lieu de ça, Omar doit escalader le mur de séparation entre la Cisjordanie et Israël. Substituez en plus les vilains Capulets par des colons israéliens, et vous avez cette néo-histoire d’amour du réalisateur palestinien Hany Abu-Assad (réalisateur de Paradise Now, ndlr). Nous savons tous que les plus belles histoires d’amour sont les plus compliquées, et Omar va nous le prouver.

Hany Abu-Assad pose sa caméra au milieu d’une Cisjordanie occupée depuis presque cinquante ans. Symbole de cette occupation, le mur se tient là; séparation entre familles, entre amis, et entre Omar (Adam Bakri) et Nadia (Leem Lubani). Tous les jours, Nadia reçoit la visite clandestine d’Omar, qui lui promet un avenir à deux. La force de leur amour tient dans la grande pudeur dans laquelle il grandit, quand seuls les regards et les sourires suffisent à animer les cœurs.

Pour Omar, escalader le mur devient une forme de résistance, un moyen d’affirmer un contrôle spatial, même si cela veut dire prendre le risque de se faire tuer ou arrêter par les patrouilles israéliennes. Visuellement, nous sommes entraînés dans cette lutte contre le confinement, avec une caméra qui suit Omar de toits en toits, de ruelles en ruelles, l’ironie du sort faisant d’Omar un maître de l’espace.  Mais la captivité le rattrape lorsqu’il est arrêté et mis en prison pour le meurtre d’un soldat israélien qu’il a commis avec ses copains Amjad (Samer Bisharat) et Tarek (Iyad Hoorani). Dans ce qui semble être une communauté plus qu’habituée à l’emprisonnement des siens, Nadia attend chaque sortie de prison de son amoureux. Mais en prison, Omar se retrouve face à un agent israélien qui ne lui donnera que deux options: trahir les siens et vivre libre, ou garder le silence et mourir. Alors, entre trahisons, mensonges et suspicions, les histoires d’amour et d’amitiés sont malmenées. La véritable question est de savoir si, en terre occupée, la liberté de vivre, et même la liberté d’aimer, peuvent réellement être exercées.

Avec des acteurs à l’émotion parfaite, ce film nous enveloppe de sa justesse du début à la fin, et c’est avec grande finesse qu’il fait évoluer la symbolique du mur tout au long du film. En effet, la plus belle image du film est celle où Omar est incapable de franchir ce mur qu’il escaladait autrefois avec tant d’aise. Si c’est une métaphore de la perte de contrôle qu’il a sur sa vie, on ne peut s’empêcher d’y trouver un lourd message politique et l’image du désarroi d’un peuple face à la colonisation. Il ne faut pas oublier qu’Omar a reçu le prix du jury dans la catégorie «Un Certain Regard» à Cannes en 2013, et est nominé dans la catégorie «Meilleur Film étranger» aux Oscars. Résultats le 3 mars prochain.

Loin du monde du grand écran, il faut se rappeler que le conflit israélo-palestinien dure toujours et que des milliers de civils en sont victimes chaque année. En janvier, la visite en Israël du secrétaire d’État américain John Kerry a eu pour but d’évaluer le progrès des négociations auprès du premier ministre israélien Benyamin Netanyahu et du président de l’autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Depuis juillet 2013, le secrétaire d’État américain tente de relancer les pourparlers entre les deux camps et d’établir un «accord cadre» traçant les grandes lignes de ce qui pourrait être un règlement définitif sur la question des frontières, de la sécurité, du statut de Jérusalem, de la reconnaissance mutuelle et du sort des réfugiés palestiniens. Mais, en décembre dernier, le gouvernement israélien lançait déjà des signes contradictoires en dévoilant d’une part un projet d’annexion de la vallée du Jourdain, et en libérant de l’autre des prisonniers palestiniens. Plus récemment, Netanyahu a annoncé la construction de 1800 logements à Jérusalem Est et en Cisjordanie. À l’heure qu’il est, les affrontements entre résistants palestiniens et soldats israéliens sont fréquents et les tensions sont encore vives. Il faut cependant noter que les négociations étaient au point mort depuis 2010, et que l’année 2014 demeure une année d’espoir vers de nouvelles avancées pour la paix.