Trop de règles pour les journalistes
18 février 2014 - Image par Léa Marcel
Quand Jeux olympiques riment avec censure et intimidation.

Depuis plus d’une semaine déjà, les Jeux olympiques (JO) d’hiver ont commencé à Sotchi. La couverture médiatique est gigantesque. Trois milliards de personnes ont suivi la cérémonie d’ouverture à la télévision le 7 février dernier, selon une estimation du comité organisateur. Toutefois, un rapport de Reporters sans frontières (RSF) a lancé un sujet sensible: quelles sont les pressions sur les journalistes dans ces Jeux? Y a-t-il vraiment une liberté de la presse?

On l’a compris dès la cérémonie d’ouverture: Vladimir Poutine, le président russe, veut en mettre plein la vue. Sotchi est en quelque sorte devenue une vitrine du pays, grâce sa réputation de ville moderne, progressiste et libérale. Poussée sous les projecteurs par la mère Russie, elle est soudain devenue le gigantesque chantier des JO. Ce que fera ressortir Sotchi pendant les semaines à venir semble être le souci premier du gouvernement russe, et cela est sans doute une raison suffisante pour tenir d’une poigne de fer les fils de la couverture médiatique.

Le rapport de RSF intitulé «Sotchi, le journalisme indépendant: un sport de combat» cite entre autres l’histoire du journal hebdomadaire Mestnaïa, souvent critiqué par les autorités locales. Ce cas est le récit d’une perquisition au local et de la violente agression du rédacteur en chef Arkady Lander. On y parle aussi du cas de la journaliste Svetlana Kravtchenko, qui a été l’objet de plusieurs tentatives d’intimidations, de menaces et de poursuites judiciaires pour sa plume qui questionne de façon récurrente la corruption. Tant d’exemples qui semblent témoigner de la pression exercée sur les journalistes. Et on ne dit pas tout. Les quelques journalistes qui osent chercher une vérité ne sont pas les plus influents. Le rapport de RSF cite Kravtchenko: «les Jeux, on n’en parle qu’en positif, comme d’un défunt.»

Certaines mesures mettent aussi des bâtons dans les roues de la couverture médiatique internationale.

Le comité olympique a délivré 2800 accréditations pour les journalistes pour la durée des jeux. RSF explique les conditions de sélection pour ces accréditations. Stipulant que le nombre de correspondants à accréditer était trop grand, le comité d’organisation a lancé un concours sur le thème «Ta star sportive». Certains médias ont refusé d’y participer, considérant que ce sujet était bien trop subjectif et qu’il permettrait aux frotte-manches de prendre le dessus sur les journalistes honnêtes.

En outre, le comité d’organisation a prévu des mesures de sécurité extrêmes. Le territoire environnant est géographiquement divisé en «zones interdites» et «zones contrôlées». Pour l’occasion, les personnes accréditées ont été recensées et les policiers ont pour ordre de les contrôler et fouiller. Mais, surtout, un décret interdit tout simplement «tout rassemblement, meeting, manifestation, cortège ou piquet» en dehors des événements officiels des Jeux. Bref, tant d’entraves au travail des journalistes (et à un nombre assez important de libertés fondamentales) qui, encore une fois, poussent à se demander si l’information libre est une norme en Russie, ou plutôt une illusion.

Bien sûr, l’attention internationale a permis un effet de mégaphone probablement profitable aux critiques des médias locaux. On a entendu parler des mille et une raisons pour lesquelles les JO devraient être boycottés. L’explosion de certains scandales a poussé certains pays à militer à travers leur équipe olympique même (on pense notamment au Canada).

Mais ce monstre de pression sur le travail de centaines de journalistes, sur les milliers d’articles qui doivent être écrits et sur les milliers d’images qui seront publiées, reste très alarmant, surtout si on considère que la liberté de la presse est un fondement de la liberté humaine.