Maccarthysme revisité
18 février 2014
Retour dans le temps

Souhaiter la conservation de la neutralité d’un poste non partisan au sein de l’organisation parlementaire. Qui pourrait objecter? Cela semble une bien belle idée, mais sommes-nous prêts à l’accepter à n’importe quel prix?

«Loi C-520: feu vert à la “chasse aux sorcières”». C’est ainsi que Le Devoir titrait, le 13 février dernier, sa brève sur le nouveau projet de loi étudié à la chambre des communes. Un titre pas banal qui a si tôt fait d’attirer mon attention. Que peut-il bien y avoir de similaire entre ce projet de loi et l’apogée du bûcher dans notre société? Peut-être que tous deux relèvent d’une bonne dose d’arbitraire et visent à réduire au silence ceux qui pourraient représenter une opposition. Effectivement, la Loi sur l’impartialité politique des agents du Parlement obligerait quiconque souhaite accéder à l’un de ces postes à dévoiler toutes les activités partisanes auxquelles il a pris ou prend toujours part, l’objectif officiel étant «d’éviter les conflits qui pourraient survenir ou sembler survenir entre les activités partisanes et les fonctions officielles d’un agent du Parlement ou de toute personne travaillant pour le bureau de celui-ci».

On ne mettra bien évidemment personne sur le bûcher pour ses opinions, mais cette loi présente cependant bien des dangers. Loin de «seulement» permettre une plus grande transparence des activités et de prévenir de potentiels conflits d’intérêts, elle permet aussi au gouvernement de choisir ses agents en fonction de leur passé politique. N’est-ce pas pratique de pouvoir ainsi écarter ceux et celles ayant milité, disons, pour le parti communiste? J’ai une impression de déjà vu.

9 février 1950, Joseph McCarthy prononce un discours dénonçant la présence de communistes au sein du département d’État et prétend même posséder une liste de 205 noms. S’enclenche alors la plus grande chasse aux sorcières moderne, mieux connue sous le nom de maccarthysme. Partout, au sein du gouvernement, dans les universités, dans les syndicats, on cherche sans répit ces agents bolchéviques infiltrés. Dans plusieurs cas, on rend obligatoire à l’embauche de prêter serment, statuant l’absence de liens avec les communistes et bolchéviques. Un seul objectif, tuer dans l’œuf l’opposition au régime capitaliste en place.

Le Québec de Maurice Duplessis a, lui aussi, vécu ses heures noires de la grande «Peur Rouge». En avance sur son temps, Duplessis instaure dès 1937 la Loi du Cadenas, permettant l’arrestation et la confiscation des biens de quiconque serait soupçonné de tenir, encourager ou propager des propos ou des actions communistes. On va même, en 1954, jusqu’à retirer aux syndicats leur droit de représentation lorsqu’un de leurs membres dirigeants est affilié à un parti ou groupe à tendance communiste.

Si la loi présentée par le député conservateur ne peut être qualifiée de maccarthysme à proprement parler, elle en a cependant toutes les couleurs. Assez pour inciter à la plus grande prudence alors que la loi est mise à l’étude par le Comité permanent de l’accès à l’information, de la protection des renseignements personnels et de l’éthique. Espérons seulement que nous ne nous dirigeons pas tranquillement vers un retrait graduel de la diversité des opinions dans nos institutions.