#Lockoutpetrocultures
11 février 2014 - Image par Romain Hainaut
Pétrocultures 2014

** Pétrocultures 2014: : le pétrole, l’énergie et l’avenir du Canada. Voici le titre de la conférence annuelle de l’Institut d’études canadiennes de McGill qui s’est déroulée les 6 et 7 février derniers sur le campus, au cercle universitaire de McGill. Événement souhaité par certains, critiqué par d’autres, Pétrocultures a attiré l’attention et soulevé les débats. Cette semaine, Le Délit offre une couverture en profondeur de cet enjeu et des diverses conférences qui ont eu lieu. **

La deuxième et dernière journée de la grande conférence «Pétrocultures» a été perturbée, tôt vendredi matin, par la présence de manifestants à l’intérieur du Cercle universitaire de McGill («Faculty club») sur la rue McTavish. Ayant investi les lieux quelques minutes avant le début des inscriptions, le groupe de militants est parvenu à empêcher l’accès aux participants durant plus d’une heure en bloquant les portes principales de l’édifice.

Dans la foulée de l’occupation, une bannière a été déroulée depuis le toit du bâtiment. Il était possible de lire la phrase «Shut Down the Tar Sands: Décolonisons», accompagnée du mot-clic «#lockoutpetrocultures». Dans un communiqué publié sur Internet, le groupe ne s’est revendiqué d’aucune appartenance particulière, indiquant simplement que leur action s’inscrivait «en solidarité avec les activités de perturbations des projets d’extractions et de pipelines à travers l’Île de la Tortue». Le terme «Turtle Island» est généralement utilisé par des activistes autochtones et par des environnementalistes pour référer au territoire de l’Amérique du Nord.

Bien que la police ait initialement été appelée sur les lieux, des agents de sécurité de l’université leur aurait signifié qu’ils préféraient gérer eux-mêmes la situation. Dans l’attente d’un dénouement à la situation, les participants et les invités à la conférence ont graduellement été relocalisés vers l’édifice Redpath.

Sous l’œil indifférent des passants et des curieux, le controversé activiste conservateur Ezra Levant, qui devait prononcer une allocution à la conférence, a profité de la confusion pour se lancer dans une tirade sur la liberté d’expression depuis le balcon du Faculty Club, affirmant qu’il était injustifié d’empêcher la tenue d’un événement d’envergure pour accéder aux revendications de «deux végétariens et d’un anarchiste». Le provocateur activiste albertain a par la suite confié au Délit avoir vécu son «moment Charles de Gaulle» en s’adressant ainsi à la population depuis un balcon montréalais.

Rien n’indique que les manifestants étaient des étudiants de McGill. Plusieurs militantes du groupe Divest McGill étaient d’ailleurs présentes pour la conférence. L’une d’entre elles, Amina Moustakim-Barrette, a affirmé au Délit que son association tenait à exprimer sa solidarité avec les protestataires, mais que ces membres jugeaient tout de même important de participer à la conférence afin de s’assurer que leur point de vue soit représenté. Les activistes de Divest McGill ont d’ailleurs été très actives lors des périodes de questions.

Questionné par Le Délit au sujet des perturbations, le cofondateur et porte-parole d’Equiterre Steven Guilbeault a mentionné qu’il était important d’ouvrir un espace de discussion aux opinions divergentes, tout en ajoutant d’un même souffle que les organisateurs de la conférence auraient peut-être mieux fait de ne pas inviter certaines personnes, notamment celles qui s’évertuent à semer le doute quant à l’existence des changements climatiques. En effet, le chroniqueur Ezra Levant, auteur du livre Ethical Oil: The Case for Canada’s Oil Sands, remet régulièrement en question les preuves scientifiques qui tendent à démontrer l’impact néfaste des émissions de gaz à effet de serre.

Pour sa part, la principale de l’Université McGill Suzanne Fortier a admis au Délit sa déception devant la tournure des événements, rappelant avec insistance que les organisateurs de la conférence ont fait des efforts considérables pour s’assurer que chaque point de vue soit bien représenté durant les deux journées.

Croyant vraisemblablement la conférence relocalisée pour de bon, les militants ont cessé leur occupation et ont quitté le Faculty Club un peu après neuf heures, permettant ainsi aux participants de réintégrer les lieux. Les activités ont donc pu reprendre, mais non sans retard et sans alimenter les débats pour le reste de la journée.