Ne forcez pas trop le trait
4 février 2014 - Image par Théâtre du Rideau Vert
Le poids d’un portrait de famille pesé au Rideau Vert.

C’était la première attendue de La Grande Sortie de Jonathan Racine et Mélanie Maynard au théâtre du Rideau vert, jeudi dernier. Les flashs des photographes illuminaient les visages enthousiastes des personnalités venues pour l’occasion en attendant les trois coups de bâton. Puis, c’est au lever de ce fameux rideau vert que Marthe Brouillette apparaît dans l’intimité de sa cuisine, occupée à peler des pommes de terre.

Cette mère de famille maintenant âgée, atteinte d’un cancer et sur le point de mourir, retrouve, avec le retour de ses enfants, la dynamique familiale de son jeune âge, un rêve complètement inespéré. Le fils «Tanguy», (joué par Sébastien Gauthier), et la fille rendue obèse, (jouée par Sonia Vachon), se voient obligés de s’occuper de leur vieille mère jusqu’à ce que l’arrivée inattendue de Charlène (jouée par Mélanie St-Laurent) après douze ans d’absence vienne tout bouleverser. Partie du village après l’accident de son père à la recherche d’une autre et meilleure vie, le rejeton de la famille rentre au nid en dernier recourt après une embrouille sévère avec son compagnon. Son mal correspond à celui de sa mère, qui elle, pense que sa fille est enfin revenue pour l’entourer.

C’est la gaieté et le caractère nonchalant de cette famille qui rend supportable la douleur de ces phases terminales de cancer. Ces trois adultes rient, se taquinent et se chamaillent comme les enfants que leur mère a vu grandir. Mais cette fois-ci, les choses sont rendues plus tendues qu’avant. Les blessures du passé, à-demi cicatrisées, refont surface et sous les sourires complices se glissent des insultes profondes.
Jusqu’ici la pièce s’inscrit dans une tradition québécoise que nous connaissons déjà très bien. Un village au fin fond du Québec, une famille col-bleu simple d’esprit et modeste, un père absent, une mère traditionnel pieuse et maniérée. Voilà une bonne base pour une bonne pièce appréciée par d’honnêtes gens. Face à un bon public, le texte fait effet. Pensé de manière à combler ses spectateurs en maniant l’humour, il use et abuse de calembours, de jeux de mots et de références populaires. Certes, les comédiens sont remarquables, mais encore faut-il se prêter au jeu et se laisser absorber dans l’éternel univers du Québec profond pour pouvoir les apprécier réellement.