Expériences urbaines
13 janvier 2014 - Image par Gracieuseté du Centre Canadien d'Architecture
Voyage spatio-temporel au cœur de Montréal.

À première vue, les villes de Casablanca, au Maroc, et celle de Chandigarh, en Inde, n’ont rien de très similaire. La première représente la capitale économique de son pays, la seconde est la capitale administrative de deux états indiens. Le site géographique de Casablanca est habité depuis l’ère paléolithique tandis que Chandigarh a vu le jour en 1951.

Leurs destins se croisent cependant dans les années 1950, lorsque la décolonisation façonne de nouvelles perspectives urbaines et que certains architectes viennent retracer le dynamisme de ces villes. Mis en lumière par le Centre Canadien d’Architecture (CCA) depuis le 26 novembre dernier, l’historiographie de cet urbanisme moderne nous fait voyager dans le temps et dans l’espace, à la découverte des mécanismes d’une période mouvementée, synonyme à la fois d’espoirs perdus et d’idéaux naissants.

Selon Maristella Casciato, commissaire de l’exposition, «ces deux villes sont avant tout des programmes expérimentaux, l’affirmation d’un monde nouveau, une façon différente de voir et penser le monde». Effectivement, l’importance du contexte historique à cette époque, et notamment l’engagement des toutes nouvelles Nations Unies pour développer un urbanisme global et averti confirment ce sentiment. «Le rôle des agences transnationales vis-à-vis d’une main-d’œuvre de plus en plus mondialisée est non négligeable», d’après Tom Avermaete, second commissaire de l’exposition. Bien qu’à la recherche d’un esthétique nouveau, le mouvement moderne de l’architecture, suite à la Seconde Guerre mondiale, est, avant tout, politique.

Chandigarh est l’exemple parfait de la «ville moderne» porteuse d’engagements publics. La création de cette capitale administrative est effectivement rythmée par les visites de nombreux hommes d’État tels que le premier ministre indien Nehru ou encore le ministre de la Culture français André Malraux. L’idée est de créer un espace dévoué au bien-être de ses habitants, où la ville s’apparenterait à un corps, avec comme tête le Capitole, pour reprendre la métaphore si chère à Le Corbusier.

D’autre part, Maristella Casciato souligne que «la décolonisation permet un urbanisme différent qui s’appuie sur des conditions globales, qui confrontent la modernisation avec des idées locales». Loin d’imposer leur propre vision de l’urbanisme, les architectes occidentaux, tel que Le Corbusier à Chandigarh, vont ainsi alimenter un syncrétisme original tout en répondant aux besoins des populations autochtones. L’objectif principal en devient de modeler le tissu social et se libérer du poids des traditions. «L’arrivée de ces architectes occidentaux, commente la commissaire, a permis un véritable échange de connaissances et une transmission du savoir architectural mondial».

D’autre part, le thème de «l’exploration», autant géographique que socio-culturelle, est placé au cœur de ces projets. Pour s’imprégner d’un environnement encore inconnu, Le Corbusier va, par exemple, mener des travaux anthropologiques et démographiques destinés à guider sa vision pour une nouvelle capitale.

Dans cette même lignée, Michel Ecochard, lui-même explorateur et aventurier aguerri, a signé une nouvelle face de Casablanca qui visait à définir la métropole par les aspects de son quotidien et non ses lieux et monuments emblématiques.

C’est donc à travers les 400 artefacts et 150 clichés historiques réunis au CCA que nous suivons les formidables parcours de ces haut-lieux de l’urbanisme moderne. À la fois éclectique et ciblée, l’exposition permet à chaque visiteur de s’informer sur des sujets essentiels à nos sociétés mais pourtant peu médiatisés, et ainsi mieux comprendre les dynamiques qui régissent l’espace urbain de nos jours.