Syndicats: la solution?
12 novembre 2013
Quelles possibilités pour de meilleures conditions de travail en journalisme?

Plusieurs panels se sont tenus dans le cadre de la Semaine du travail à McGill, du 4 au 8 novembre. L’un d’entre eux concernait les «stratégies des médias pour les syndicats». Plusieurs intervenants travaillant dans le secteur des syndicats des journalistes étaient présents, dont Mariève Paradis, journaliste indépendante et présidente de l’Association des Journalistes Indépendants du Québec (AJIQ); David Tacium, hôte de l’émission «Labour Radio» pendant six ans; et Lisa Djervahirdjian, conseillère syndicale pour le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) dans le service communication.

 

Un métier difficile

Une des réalités sur laquelle les invités s’accordaient tous est le fait que le métier de journaliste comporte de nombreux risques. Les journalistes sont quotidiennement confrontés à des conditions de travail très dures, intensives, et compétitives. Mariève Paradis,  journaliste indépendante depuis 2005, dépeint la précarité dans laquelle les journalistes indépendants sont souvent plongés. Afin de vivre de leur métier, les journalistes indépendants doivent travailler au minimum 40 à 50 heures par semaine, et cela dans un environnement très compétitif. Elle dénonce le fait que les salaires des journalistes indépendants n’ont toujours pas augmenté depuis 20 ans, et que depuis 25 ans les journalistes luttent afin que le gouvernement fasse passer une loi donnant à ce métier un statut d’artiste. Pourtant ces demandes restent ignorées Lisa Djervahirdjian explique pour sa part que les journalistes indépendants ne sont pas les seuls à souffrir de conditions de travail précaires. En effet, les journalistes employés dans une compagnie font parfois face à la censure, la manipulation de leurs écrits, et doivent gérer une très lourde compétition, les poussant à travailler de nombreuses heures supplémentaires afin d’être considéré comme «un des meilleurs». Certains, après avoir travaillé sans compter, se retrouvent même à se faire renvoyer sans explication par leurs patrons. Les droits des journalistes sont donc ainsi bafoués.

Le métier de journaliste est donc un métier à risque, dont les perspectives ne sont pas des plus attrayantes, étant donné que les droits des journalistes sont peu reconnus. Par ailleurs, suite à l’apparition d’Internet, de plus en plus d’individus se lancent dans le journalisme indépendant.

 

Se syndicaliser

Cependant le tableau n’est pas tout noir. Pour Mariève Paradis,  l’avenir du journalisme indépendant est dans le syndicalisme. Afin de faire face aux grandes entreprises de presse, il est primordial que les journalistes s’unissent et parlent d’une même voix. La technologie et Internet sont d’ailleurs dans ce cas de précieux outils afin de mobiliser des membres au sein de syndicats. Parfois, les journalistes n’ont ni le temps ni l’argent de s’investir et de devenir membres d’un syndicat, mais cette action est nécessaire et a d’ailleurs fait ses preuves. Mariève explique qu’au printemps dernier, plusieurs syndicats journalistes se sont unis face à Transcontinental (TC) Média, une compagnie ayant tenté d’instaurer un monopole journalistique envers leurs contributeurs, via un contrat qu’elle qualifie «d’immonde». Suite à l’insurrection et aux protestations de plusieurs syndicats unis, TC Média a dû renoncer à son projet.

Lisa Djervahirdjian insiste sur le fait qu’il est essentiel de préserver l’existence et l’authenticité du métier de journaliste. Cela est possible, dit-elle, en s’assurant que les membres des syndicats récoltent des informations sur le terrain et entreprennent un travail de fond sérieux, les rendant ainsi essentiels à la société de par leur travail de qualité. Le syndicat pour lequel Djervahirdjian travaille participe également à instaurer des clauses professionnelles assurant que le journaliste possède une liberté totale d’expression sans interférence possible de la part de son employeur. Les syndicats sont donc réellement un moyen d’avancer vers le progrès et la reconnaissance sociale, politique et économique.

Être journaliste, c’est être confronté à l’insécurité et à la précarité. Cependant, via les actions des syndicats, les conditions de travail peuvent s’améliorer. David Tacium, à travers la diffusion de «Labour Radio», met justement en valeur l’importance des syndicats, en dépeignant l’histoire et les actions de plusieurs groupes marchant vers le progrès social.