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12 novembre 2013
Le Quartanier fête ses dix ans.

La maison d’édition Le Quartanier fêtait avec éclat, le jeudi 7 novembre dernier, ses dix ans d’existence, dans le bien nommé O Patro Vys de l’avenue du Mont-Royal.

Le tout-Montréal du milieu du livre avait répondu présent, et c’est donc dans une salle bondée que les festivités se sont déroulées, de cinq heures à onze heures du soir.

Il y a bien des façons de marquer une date, de la ciseler à son goût. Dans son discours d’introduction et de remerciements, Éric de Larochellière, directeur du Quartanier, rappelle que «la littérature se fait dans la durée», et que «Le Quartanier est un lieu littéraire avant d’être un lieu physique», ce qui lui fait faire l’éloge de quelque chose de plus important encore que la célébration en elle-même, le projet Nova.

Avez-vous déjà entendu parler du projet Nova? Rien à voir avec le projet d’arme chimique mis au point par les scientifiques russes d’un certain jeu vidéo. Il s’agit ici de livres, de dix nouvelles plus précisément, concoctées par des auteurs du Quartanier afin de célébrer les dix ans d’existence de la maison, conformément à sa manière, novatrice.

Éric de Larochellière est visiblement ému, il remercie Jean François Chassay, son déclic; Élise Cropsal et Christian Bélanger, responsables de l’image graphique de la maison; Karine Denault, co-fondatrice et éditrice;  et adresse pour finir un salut à Vickie Gendreau, «reine du party».

Ce soir-là, en plus du coffret Nova comportant les dix nouvelles marquant l’anniversaire, Le Quartanier fait le lancement de trois romans. Le premier, Journée des dupes de Philippe Charron, est aussi le «texte le plus étrange et le plus fabuleux que j’aie eu à éditer» selon Éric de Larochellière. Le second roman est Pomme S d’Éric Plamondon, dernier tome de la trilogie 1984 et des aventures de Gabriel Rivages. Le troisième et dernier roman est le fameux Pourquoi Bologne d’Alain Farah, livre maintenant en course pour le Grand prix du livre de Montréal. On ne sait trop d’ailleurs s’il se livre de lui-même à la course, ou s’il a été livré à cette course par d’autres.

Pour se rassurer, Le Délit est allé s’entretenir avec Arnaud Bernadet, professeur de littérature à McGill, lequel commente avec rigueur la soirée: «C’est trop mondain. C’est la faute à Farah.» Pour ce qui est de Pourquoi Bologne, notre interlocuteur est sans pitié: «On attendrait de meilleures productions de la part de cet auteur, c’est rétro-avant-guardiste, j’aurais préféré que cela soit néo-avant-guardiste». Selon le dix-neuviémiste, il faut aussi qu’Alain Farah change d’éditeur, «on peut prendre le même texte mais le changer de maison». Ce n’est pas tout, Bernadet dans un élan zolaesque rajoute: «Monsieur Farah est un menteur, il m’a fait la confession suivante… Il m’a avoué que son texte était en en réalité un plagiat de Quai Ouest de Bernard-Marie Koltès.» Très inquiet de la tournure des événements, Le Délit a voulu tout de même soutirer une impression définitive de la part du professeur Bernadet, lequel a répondu par ces mots on ne peut plus sérieux: «Pourvu que cela dure.»

Alain Farah, quant à lui, n’a formulé qu’un seul souhait pour Le Quartanier: «Se rendre à 15 ans, et à 20 ans, et à 25 ans, tout aussi radicalement». On lui souhaite la même chose, de rester sanglier, c’est-à-dire singulier.