Voyage musical à coups d’archets
5 novembre 2013
L’Orchestre tzigane de Montréal en harmonie avec Marie-Josée Thériault.

Au centre Leonardo da Vinci à Saint-Léonard, samedi soir, dans la petite salle du Piccolo Teatro, il suffisait de s’assoir sur un siège et d’ouvrir grand les oreilles pour partir en voyage dans les pays de l’Est. L’Orchestre tzigane de Montréal, accompagné de Marie-Josée Thériault à la voix, s’est offert en spectacle, partageant une joie de vivre multiculturelle épatante.

Après l’annonce du directeur culturel signalant que «la salle est petite mais le spectacle est grand», entrent en scène Carmen Piculeata au premier violon, Myriam St Gelais en alto d’accompagnement, Mariane Ménard au violon, Cristina Arefti au piano, Roman Manolache à la contrebasse et Josianne Laberge, membre du groupe Polémil Bazar, au deuxième violon. Ils se placent, se regardent et se lancent dans une danse d’archets. Ça sautille, ça voltige sur les cordes. Les yeux brillent, les musiciens sont échauffés en quelques minutes, Carmen rigole, les spectateurs se sont envolés par les oreilles dès le premier coup d’archet.

La musique est principalement tzigane et russe mais aussi québécoise, napolitaine et empreinte des multiples cultures qui composent l’orchestre. Marie-Josée Thériault, qui s’est remise à chanter depuis qu’elle prend des cours de violon avec Carmen, rejoint la troupe et porte à la voix une chanson italienne datant de 1945, c’est un swing et les doigts claquent jusqu’au fond de la salle. Le rideau rouge derrière les musiciens, la proximité qu’ils entretiennent et la musique volatile, joyeuse et voluptueuse embaument la salle, il commence à faire chaud. C’est alors qu’entre en scène Joshua, un élève de Carmen âgé d’à peine douze ans, laissant parfois son violon pour enchaîner quelques pas de danse. Ils jouent Nadia, une danse russe, puis Joshua retourne dans les coulisses.

S’ensuivent de douces et vives musiques. Si une chanson est triste, c’est qu’elle est trop belle, elle laisse néanmoins rapidement place à la gaîté. Marie-Josée Thériault et Joshua se relayent à l’avant-scène, chantant, jouant, dansant sous le regard allumé du premier violon qui joue au clown aussi bien qu’à l’archet. Avant l’entracte, ça s’enflamme, de plus en plus vite les notes s’enchaînent, se déchaînent, les crins sautent et puis pizzicato, les musiciens prennent enfin une petite pause. Ce sont les spectateurs qui se font entendre: «on aurait bien envie de danser», qu’ils disent!

Le retour au siège se fait en douceur, Carmen passe au piano, Romane est à la contrebasse et Josianne au violon solo, accompagnant Marie-Josée Thériault dont la voix empreinte de volupté semble saisir l’âme toute entière. Elle entonne «Tu n’étais pas beau» de Jacques Blanchet. L’émotion naissante n’a pas le temps de retomber que les autres musiciens reviennent et le tempo augmente, la danse recommence. S’ensuit alors un échange entre Carmen et Josianne: défis, jazz, improvisation, c’est une véritable joute «violonistique», on rigole, on s’épate, on applaudit. Le spectacle se clôt difficilement, le public en veut encore. Joshua revient, Josianne chante avec son violon, Carmen rit, Myriam, Cristina, Roman et Mariane s’échangent des regards brillants. On resterait bien dans ce charmant décor, et quoiqu’il en soit du froid au dehors, une chaude impression s’est figée sous les mouvements effrénés des archets, de la voix, du piano et de la contrebasse. Le public est charmé. «Merci Carmen».