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5 novembre 2013 - Image par Camille Chabrol

Les cours en ligne ouverts massivement sont-ils le futur de l’éducation? McGill offre depuis la mi-octobre son premier cours, intitulé «chimie alimentaire» CHEM 181x. Le Délit explore ce nouveau phénomène des MOOCs (Massive online open courses), le terme couramment utilisé pour désigner ces cours en ligne.

Les MOOCs, qu’es aquo?

Les MOOCs sont des cours offerts gratuitement sur Internet, une initiative lancée par les grandes universités nord-américaines, et qui s’étend maintenant à l’international. Ils sont présentés sous une forme interactive, avec par exemple des vidéos, des forums de discussions ou des évaluations.

En entrevue avec Le Délit, Ollivier Dyens, premier vice-recteur exécutif adjoint (étude et vie étudiante) à McGill, explique que les MOOCs ne s’adressent pas uniquement aux étudiants, mais à quiconque qui a la curiosité d’apprendre. «Le but n’est pas forcément de terminer le cours […], mais d’acquérir des habiletés», dit-il. Par rapport à cela, seulement environ 10% des personnes qui suivent un cours en ligne le terminent.

Pour Laura Winer, directrice par intérim des services aux études et à la vie étudiante à McGill, les MOOCs sont une opportunité de tester des cours offerts par les universités reconnues mondialement.

Pourquoi l’éducation en ligne?

Ollivier Dyens explique qu’il y a une «dimension sociale» importante au projet des MOOCs, où l’objectif est de redonner de l’information à la société qui finance en partie l’université. Au niveau international, le but est de démocratiser l’information, surtout pour les pays en voie de développement, comme l’explique le Vice-recteur. Laura Winer dit qu’avoir l’éducation gratuite en ligne facilite son accès pour tous. 

En entrevue avec Le Délit, Devin Fidler, directeur de la recherche du Institute for the Future (IFTF) insiste sur le fait que les cours gratuits ne remplacent pas la valeur d’une expérience universitaire. Il reconnaît toutefois qu’il est possible d’élargir la conception des étudiants sur l’enseignement supérieur. «L’éducation, c’est beaucoup plus que des cours magistraux» constate-t-il.

Contact humain

Avoir une éducation en ligne, où le contact en personne avec d’autres élèves ou professeurs n’existe pas, est-il efficace au point de vue de l’apprentissage pour les étudiants?

Ollivier Dyens explique au Délit que les MOOCs sont une occasion d’examiner la valeur ajoutée que les cours en classe ont à offrir. Avant, la salle de classe était le lieu où on recevait toute l’information dans le cadre éducatif. Dyens explique qu’aujourd’hui il n’est pas nécessaire d’être en classe pour recevoir de l’information, car elle peut être obtenue en ligne. «La valeur ajoutée qu’on ne peut que retrouver en classe ce sont par exemple les débats que l’on peut avoir avec les étudiants, ou encore des [discussions] sur la pensée critique», dit Ollivier Dyens. Il prône l’apprentissage mixte («blended learning»), où l’information factuelle serait offerte en ligne, et où les étudiants viendraient ensuite en classe pour débattre de ces informations.

Laura Winer ne voit pas d’obstacle à la qualité de l’apprentissage lorsqu’un cours est suivi en ligne. Elle explique que les MOOCs permettent une interaction humaine, mais pas en personne. Aussi, ce qui fait qu’un élève expérimentera un apprentissage efficace réside dans la qualité du cours lui-même, qu’il soit offert en ligne ou en classe.

Oliver Coomes, professeur de géographie à McGill, n’est pas du même avis. Il dit être sceptique par rapport à la valeur d’une éducation sur Internet comparée à celle reçue dans des salles de cours. «On a tendance à oublier qu’il y a une séquence pédagogique qui mène à notre apprentissage, qui nous apporte les bases et nous permet d’accumuler des connaissances et de développer notre compréhension». Selon lui, l’enseignement universitaire ne se résume pas seulement à un transfert de connaissances. Il explique, en entrevue avec Le Délit, que la synergie qui naît de la spontanéité d’une salle de cours est essentielle au développement de l’esprit critique des étudiants. Il distingue l’apprentissage actif, présent dans les salles de cours, d’un apprentissage passif, qu’on retrouve dans l’enseignement sur Internet. De plus, le professeur insiste sur l’utilité d’un corps professoral afin de guider les étudiants et de les aider à discerner ce qui est vraiment important face à la quantité incroyable d’informations disponibles en ligne.

Ollivier Dyens explique qu’il n’y a plus seulement une seule façon – la salle de classe – d’acquérir les habiletés promises par l’université. «Ça c’est la révolution pour nous. Et une bonne révolution, parce que ça met l’accent sur les choses qui comptent. C’est moins le processus qui compte, que l’acquisition d’habiletés».

Avoir une partie en ligne à l’université n’est pas nouveau comme phénomène, explique Laura Winer. Déjà, les professeurs utilisent le web pour transmettre des notes de cours ou pour créer des discussions. Winer ne croit pas que l’éducation traditionnelle avec contact humain soit vouée à disparaître prochainement. Elle croit par contre que la nature de l’interaction en éducation est amenée à changer, et «que le temps accordé aux échanges en personne change».

Pour Devin Fidler, la qualité d’enseignement à l’université pourrait même être poussée à s’améliorer avec le phénomène des MOOCs: «Si des cours magistraux sont disponibles pour tout le monde sur la planète [avec les MOOCs], les universités vont devoir rivaliser avec l’expérience offerte par ces derniers.»Toutefois, selon Coomes, il y aura toujours un intérêt chez les étudiants d’interagir face à face avec leurs professeurs, intérêt qui sera même possiblement renforcé par l’émergence des MOOCs. «Je pense que ce phénomène va montrer au gens à quel point une éducation en temps réelle et avec des interactions humaines possède de la valeur».

McGill et les MOOCs

McGill a fait son entrée récente dans le monde des MOOCs, dans une optique de recherche et afin d’explorer le domaine de l’apprentissage en ligne, comme l’explique Laura Winer. L’Université élabore en ce moment trois autres MOOCs, portant sur les désastres naturels, sur la gestion et l’administration, et un dernier sur les sciences sociales.

Le coût pour la production du MOOC qui a été créé à McGill s’est élevé entre 115 000 et 200 000 dollars. Laura Winer précise toutefois que cet argent provient exclusivement de dons privés, et que ce coût est normal pour le développement de l’éducation à distance.

Selon Ollivier Dyens, c’est important pour McGill de rester à la fine pointe de l’éducation.

McGill recherche-t-elle une certaine forme de prestige en faisant comme les autres grandes universités qui offrent de tels cours? Le Vice-recteur dit que oui, cela fait partie des raisons pour lesquelles McGill les développe: «pour que McGill reste une institution parmi le top 25 mondial, il faut qu’[elle] se positionne à plusieurs niveaux, c’est aussi notre réputation, nous montrons au monde entier que nous restons une université innovante.» McGill explore les possibilités dans le domaine de l’éducation, afin de voir ce qui peut être utile pour l’apprentissage des étudiants.

Quel avenir pour l’éducation?

Ollivier Dyens explique qu’il n’y a plus seulement une seule façon – la salle de classe – d’acquérir les habiletés promises par l’université. «Ça c’est la révolution pour nous. Et une bonne révolution, parce que ça met l’accent sur les choses qui comptent. C’est moins le processus qui compte, que l’acquisition d’habiletés».

Avoir une partie en ligne à l’université n’est pas nouveau comme phénomène, explique Laura Winer. Déjà, les professeurs utilisent le web pour transmettre des notes de cours ou pour créer des discussions. Winer ne croit pas que l’éducation traditionnelle avec contact humain soit vouée à disparaître prochainement. Elle croit par contre que la nature de l’interaction en éducation est amenée à changer, et «que le temps accordé aux échanges en personne change».

Pour Devin Fidler, la qualité d’enseignement à l’université pourrait même être poussée à s’améliorer avec le phénomène des MOOCs: «Si des cours magistraux sont disponibles pour tout le monde sur la planète [avec les MOOCs], les universités vont devoir rivaliser avec l’expérience offerte par ces derniers.»

Toutefois, selon Coomes, il y aura toujours un intérêt chez les étudiants d’interagir face à face avec leurs professeurs, intérêt qui sera même possiblement renforcé par l’émergence des MOOCs. «Je pense que ce phénomène va montrer au gens à quel point une éducation en temps réelle et avec des interactions humaines possède de la valeur».