Multiculturalisme musical
8 octobre 2013 - Image par Youri Semenjuk
Mr Troy revisite «Clear» et sort... «Clear II».

En ce 1er octobre 2013, Le Délit découvre le nouvel album de Mr. Troy intitulé «Clear II» sur sa boîte mail. Il est exactement 14h11 à Montréal. Contacté vers 16h, l’artiste nous confie: «j’ai fini l’intro «Freestylin’ Somewhere In Space» trois heures avant de sortir l’album.» Soit vers 11 heures du matin. En l’espace de seulement cinq heures, Mr. Troy avait fini son intro, sorti son album et nous l’avions acheté, écouté et pu toucher un mot avec le jeune DJ parisien. De quoi relativiser les propos des personnes affirmant que l’industrie de la musique est agonisante, que la technologie tue les artistes.

Du haut de ses dix-neuf ans, Mr. Troy est un producteur de musique électronique prolifique qui a déjà sorti pas moins de onze albums, ou «projets» comme il préfère les définir. Et pour cause, chaque «projet» est destiné à être retravaillé et réinventé. Ce fut le cas pour «Clear», composé de huit morceaux dont les airs sont mielleux et calmes. Le musicien affirme avoir «réécouté les projets [qu’il] avait sorti sur Internet l’année dernière et celui qui [l’]intéressait le plus était «Clear», principalement au niveau de l’ambiance».

«Ambiance» est un terme omniprésent dans le lexique de Mr. Troy. Comme l’indique son profil soundcloud,  «Vibes rule everything around me», autrement dit, «les ambiances règlent tout autour de moi». Et pour cause, «Clear II» possède une part mélodieuse qui rappelle certaines musiques d’ambiance et qui suggère à l’auditoire de se laisser aller à ces fameuses vibes, ces vibrations musicales issues du monde du jazz. Comme le souligne l’artiste de manière assez poétique :

«Même si le jazz insuffle une tempête calme,

Je branche un beat et le convertit en hip hop».

Sans faire exception à la règle, le nouveau projet de Mr. Troy est lui aussi à forte tendance «jazzy». Il suffit de s’attarder sur des morceaux tels que «The Luckiest» ou «Trying Again» pour apprécier une clarinette paisible, un saxo flegmatique.

Cependant, le hip-hop sert de structure au niveau vocal et rythmique. Globalement, l’album suggère un mélange intéressant entre deux genres issus de la contre-culture afro-américaine que sont jazz et hip-hop.

Quant à définir ce qui l’a le plus motivé durant la production, le DJ répond sans hésiter: «Ce qui est intéressant sur ce projet, c’est que j’ai eu l’occasion de collaborer avec des artistes que j’écoute depuis longtemps». Des artistes provenant d’ailleurs d’horizons très divers: on découvre le japonais Sohch pour la partie vocale de «Neptune» ou bien le rappeur californien Ayomari en coproduction pour «Chasin’ Sands». On décèle une certaine richesse dans ces cultures rassemblée sous des instrumentales similaires et harmonieuses. Cependant, cette grande variété linguistique est parfois légèrement indigeste: Fonzie fait référence aux nouvelles trouvailles de l’argot parisien et le morceau d’après, de Nemo Achida, nous introduit aux particularités linguistiques du Kentucky. Même si ce léger manque de fluidité ainsi que cet aspect décousu reste probablement le plus grand défaut de la compilation, il nous en faut plus pour nous désarçonner, surtout au Québec.