Journée de l’engagement
7 octobre 2013 - Image par Camille Chabrol
Quartier de l’innovation et gentrification.

La deuxième édition de la journée de l’engagement communautaire a eu lieu vendredi 4 octobre sur le campus de McGill. Le «Community Engagement Day»(CED) avait pour but de sensibiliser les jeunes étudiants de l’Université aux possibilités d’engagement hors campus au sein de la communauté montréalaise.

Le bureau Social Equity and Diversity Education (SEDE) de McGill, à l’origine du projet, a axé cette journée sur l’échange culturel afin de permettre aux étudiants et au personnel de l’Université de sortir de la sphère McGill pour prendre conscience des enjeux sociaux de la ville. Le CED a mis à la disposition de chacun une vingtaine d’activités afin de faire découvrir les différents projets de l’Université McGill avec des organismes locaux. Les sujets abordés étaient variés et concernaient aussi bien le jardinage urbain que l’accompagnement à la jeunesse, toujours dans le but de sensibiliser les participants à l’importance d’une communauté montréalaise unie et solidaire. Les activités étaient basées sur quatre valeurs piliers: l’équité, la diversité, l’inclusion et la justice sociale.

 

Quartier de l’Innovation

Six de ces activités concernaient le Quartier de l’Innovation (QI), portant ainsi l’attention sur le développement des quartiers suivants: Griffintown, Petite-Bourgogne, Saint-Henri  et Pointe-Saint-Charles. Le Quartier de l’Innovation est un organisme à but non lucratif se définissant comme «un écosystème d’innovation au cœur de la ville en réponse aux nouvelles réalités du défi de l’innovation à l’échelle mondiale». Le QI regroupe plusieurs projets d’urbanisme visant à développer la ville en incorporant les quatre volets essentiels à une société créative: le volet industriel, formation et recherche, urbain et le volet social et culturel. L’organisme cherche à créer une complicité entre les acteurs économiques et les résidents du quartier, tout en proposant des solutions aux problèmes posés par la gentrification de cette zone, historiquement industrielle. L’idée est de se nourrir de la richesse culturelle, artistique, technologique et économique de la ville pour créer une plateforme d’innovation adaptée au développement socio-économique de demain.

Une place pour chacun

Dans le cadre du CED, un panel de professionnels est venu présenter les enjeux principaux liés à la gentrification dans les quartiers de Griffintown, Pointe-Saint-Charles et Saint-Henri/Petite-Bourgogne. La discussion était centrée sur le rôle primordial des universités au sein de la communauté et leur responsabilité en tant qu’institution publique. Lors de sa présentation, Will Straw, directeur de l’Institut d’études canadiennes de McGill et professeur de communication à l’Université McGill a insisté sur l’importance devant être accordée à l’art et la culture dans le processus de développement. Il pense également qu’une façon équilibrée d’accompagner la gentrification de la zone consisterait à encourager la vie communautaire et l’implantation de locaux d’institutions publiques. Cela permettrait de lutter contre le pouvoir du marché de l’immobilier et d’éviter que cette zone ne devienne exclusivement résidentielle et réservée à une élite financière et économique. Nik Luka, professeur en urbanisme et architecture à l’Université McGill a tenu à rappeler la nécessité de l’embourgeoisement de ces zones. En effet, la loi québécoise stipule que seules les taxes sur la propriété peuvent être utilisées afin de financer les services. En d’autres termes, une classe sociale élevée, qui paye proportionnellement plus de taxes, permet de financer les dépenses nécessaires au développement socio-culturel du quartier.

 

Des quartiers égalitaires

Vincente Perez, coordinateur de la coalition de la Petite-Bourgogne explique que, dans la région du Sud-Ouest, 40% de habitants utilisent plus de 40% de leurs revenus pour payer leur loyer. Dans la région de la Petite-Bourgogne, 30% des habitants vivent dans des Habitations à Loyer Modique (HLM) et 10% dans des logements coopératifs. Pour ces raisons, il faut accompagner le développement de ces quartiers afin que ces populations ne se retrouvent pas en difficultés financières dans le cas où le prix de l’immobilier augmenterait fortement. Pour les mêmes raisons, il est également important de s’assurer qu’une partie des commerces restent abordables, ce qui n’est pas toujours évident. L’idée est alors de garder une mixité sociale au sein de ces communautés et d’éviter la ghettoïsation de Montréal.