Don Jon sur les écrans
1 octobre 2013 - Image par Romain Hainaut
Une comédie romantique de Joseph Gordon-Levitt sortie le 27 septembre.

«L’amour à la Don Juan est un sentiment dans le genre du goût pour la chasse» écrivait Stendhal. Deux siècles plus tard, cette espèce n’est pas en voie de disparition. Don Jon, personnage éponyme du premier film de Joseph Gordon-Levitt, en est la preuve. Il traque sans relâche de nouvelles proies, fin de semaine après fin de semaine, et ce avec un certain succès. Le procédé est simple. Jon et ses deux acolytes arrivent en boîte. Ils notent sur une échelle de 1 à 10 les femelles présentes. Lorsque l’une d’elle obtient un score suffisamment élevé, Don Jon lui lance un regard chargé de tension sexuelle. S’en suit une danse à corps rapprochés, un retour en taxi dans la précipitation et une nuit torride. Très rapidement après le rapport, Don Jon rallume son ordinateur et va traîner sur pornhub.com, la seule véritable façon qu’il a de «s’abandonner».  Cette mécanique bien rôdée fonctionne jusqu’à ce qu’il rencontre Barbara, interprétée par Scarlett Johansson. Cette bombe, d’une certaine vulgarité, se refuse un temps à lui, juste assez longtemps pour qu’il en tombe amoureux.

Avec ce scénario simple, Joseph Gordon-Levitt a un but, et il l’a martelé sur tous les plateaux télévisés et radios qui l’ont invité: faire un film sur le sentiment éprouvé quand quelqu’un te traite plus comme un objet que comme une personne. L’idée est intéressante, mais pour notre génération, «les gens ne sont pas des objets» est un discours moralisateur que l’on connaît trop bien. En revanche, ce que le réalisateur propose avec beaucoup d’exactitude, c’est un portrait du Don Juan moderne. Ce dernier, contrairement à celui dont Stendhal dépeignait le mode de vie, a accès au porno rapide, gratuit et anonyme (comme pour le dépistage). Il parle de blowjob, de tits ou encore de money shot et affirme que les actrices porno don’t pretend. Le libertin plein d’assurance va également au gym, porte des débardeurs blancs, aime conduire de belles voitures et sévit en boîte de nuit. Un portrait donc très familier. Le premier long métrage de Joseph Gordon-Levitt explore le cas intéressant de ces jeunes hommes qui ont grandi avec le porno à disposition et qui peinent à s’en passer. Il présente ce symptôme comme un véritable handicap dès qu’il s’agit  d’aimer et de faire l’amour. Malgré l’interdiction formelle de regarder des films X qu’il reçoit de sa copine, Jon continue secrètement à le faire. C’est une femme plus âgée qui finira par le défaire de cette addiction et lui permettra de découvrir réellement l’acte amoureux.

Le message sur la différence entre la réalité pratique et celle qu’offrent les films est asséné de manière plutôt didactique au spectateur, ce qui peut être gênant dans la mesure où cela lui ôte l’opportunité de tirer des leçons par lui-même. Cette morale simple est amenée par des dialogues tout aussi simples qui auraient pu présenter un peu plus de relief. D’autre part, le montage de l’œuvre, fondé sur une répétition de séquences courtes telles que celle de la messe, des insultes en voiture ou encore des repas de famille, peut finir par agacer. Au quatrième passage au confessionnal du personnage principal, on se demande si l’on doit rire ou pleurer. Il n’en demeure pas moins que le rythme «zapping» du film permet d’échapper à l’ennui. Quelques répliques bien senties et quelques gags sont aussi là pour divertir les spectateurs. Cette comédie romantique, en dépit de son manque de profondeur, remplit sa fonction efficacement. D’autant plus qu’elle est servie par un casting de qualité parmi lequel figurent donc Joseph Gordon-Levitt lui-même, Scarlett Johansson, Julianne Moore et Tony Danza. Ces belles gueules sont certainement l’argument le plus convaincant du film. Pas forcément anodin, quand on y pense.