Commission sur commission
24 septembre 2013

Une nouvelle commission, qui ne fait pas l’unanimité, voit le jour au Québec: les audiences publiques de la Commission Ménard ont débuté hier matin, le 23 septembre.

En mai dernier, l’annonce par le Parti Québécois de la création d’un comité spécial pour l’examen des événements du printemps 2012 n’avait pas fait vive impression. La Commission Ménard (du nom de l’ancien ministre péquiste de la Sécurité publique, qui la préside) avait fait l’objet de nombreuses critiques, qui visaient à la fois son mandat, sa durée, ses procédures.

Plus précisément, le mandat  de cette commission est d’«analyser les circonstances des manifestations et des actions de perturbation tenues au Québec au printemps 2012» et «identifier les facteurs ayant contribué à la détérioration du climat social et évaluer les impacts des événements du printemps 2012 sur la population».

Elle devra formuler des recommandations dans un rapport rendu au plus tard le 23 décembre prochain. Soit…trois mois seulement après le début des audiences publiques! «La commission entend examiner ces événements en profondeur» a dit Serge Ménard dans son discours d’ouverture lundi matin. Certes, on ne remet pas en cause leur bonne foi. Mais en si peu de temps?

C’est un si gros mandat pour une toute petite commission. Quand on sait que, seulement à Montréal – Serge Ménard le rappelle – «entre février et septembre 2012, il y aurait eu 532 manifestations, impliquant environ 750 000 manifestants et 34 272 policiers. Et 12 opérations d’arrestations de masse ont donné lieu à 2 255 arrestations». Sans compter toutes les autres manifestations au Québec. Rien que pour examiner les événements, et surtout les arrestations massives de Victoriaville en mai 2012, il faudrait prendre des mois.

«Les défis à relever sont de taille», a déclaré le Président de la commission lundi matin dans son discours d’ouverture. Effectivement, Monsieur Ménard.

Surtout qu’il n’y aura aucune enquête policière. Aucun interrogatoire ni contre-interrogatoire. Pas d’examen du code de déontologie des policiers. Alors à quoi servira réellement cette commission? Serge Ménard a bien souligné le fait que les pratiques policières seraient examinées. Mais il ne suffit pas de le faire de manière «informelle», comme le propose le comité. La Fédération Étudiante Universitaire du Québec (FEUQ) et la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSÉ) (maintenant l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ)) avaient réclamé une réelle enquête publique sur les comportements des policiers, notamment sur les arrestations massives. La violence policière, grosse source de conflit lors des événements de 2012, ne sera pourtant pas formellement investiguée.

D’ailleurs, l’ASSÉ, en désaccord avec la mission de cette commission, a refusé de comparaître. C’est dommage que l’un des acteurs importants des événements du printemps 2012 ne participe pas aux démarches. Mais à cette commission il n’y a aucune obligation: aucun témoin ne sera contraint de venir parler. Toutes les voix ne seront donc pas entendues. Efficacité?

L’ancienne présidente de la FEUQ a tout de même choisi de venir y parler. Hier, Martine Desjardins était en effet la première à témoigner. Elle a livré un témoignage intéressant, à propos de l’arrogance du gouvernement libéral de l’époque. Selon elle, si le gouvernement Charest avait mis un peu plus d’eau dans son vin, on aurait peut-être, sans doute, évité tout ce conflit. «Il y avait une porte de sortie» a dit Martine Desjardins. Mais les étudiants ont été sous-estimés et pris de haut.

Malgré tout, pour l’instant, les audiences de la commission en sont à leurs tous premiers pas et il est difficile de bien juger aujourd’hui quelle sera réellement son utilité. Ce qu’on peut constater cependant, c’est que le PQ semble ne pas avoir vraiment défini une ligne claire pour reparler des événements du printemps 2012. On fait des rapports, pour faire des rapports. Et on se met «en mode recommandation». Un beau Sommet de l’Éducation et beaucoup de mots. Mais à côté de ça, peu d’action et peu de mesures prises.

La semaine dernière, le rapport sur la loi-cadre pour les universités sortait (voir l’article «Une loi-cadre pour les Universités» dans le Délit du 17 septembre 2013) un (énième) rapport qui a provoqué des déceptions, et qui reste au fond peu concret.

Alors oui, le PQ parle d’éducation. Il créé des commissions, il convoque des experts, il exige des rapports. Mais le parti, qui se présentait comme défenseur des étudiants au printemps 2012, est encore au tout début du chemin qu’il avait dit qu’il tracerait.