Des idées sur les murs
10 septembre 2013 - Image par Camille Chabrol

Du 4 septembre au 4 novembre, les Montréalais se réapproprient l’espace public. En plein cœur du quartier des spectacles, l’installation «Mégaphone» offre aux citoyens une expérience multisensorielle où chacun est invité à prendre la parole pour mieux penser ensemble au Montréal de demain. Du mercredi au samedi, la Promenade des Artistes se transforme en un espace de démocratie participative, s’inscrivant ainsi dans la continuité des «assemblés populaires» qui se tenaient à Montréal dans la première moitié du 20eme siècle.

Grâce à une technologie basée sur la reconnaissance vocale, le mégaphone ne fait pas qu’amplifier la voix des orateurs, mais identifie également les mots prononcés et les projette sur la façade du pavillon Président-Kennedy de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Au fil de la soirée, alors que les interventions s’accumulent, les mots les plus utilisés apparaissent plus gros et les couleurs des murs varient selon les sujets abordés. Chacun des spectateurs est invité à participer à cette œuvre collective et, ainsi, éclaire la Promenade des Artistes d’idées nouvelles pour améliorer le paysage culturel, politique et urbain de demain. Chaque soirée couvre plusieurs thèmes sur des sujets aussi divers que la place des femmes en politique ou les élections municipales du 3 novembre. Le but étant toujours de remettre la démocratie participative au goût du jour et permettre aux citoyens de s’impliquer dans la vie de la ville en dehors du bureau de vote.

 

L’école Urbania imagine Montréal

L’Université du Québec à Montréal s’associe au projet et donne la parole, chaque jeudi soir, aux étudiants de l’école Urbania pour présenter, sur l’ensemble des deux mois, une centaine de propositions afin d’améliorer la vie urbaine montréalaise. Le projet nommé «Imaginer Montréal» a germé pendant l’été. Dix étudiants de l’UQAM issus de dix programmes différents ont travaillé afin de recueillir de nombreuses idées créatives et réalistes. Chaque semaine, le thème varie et le groupe d’étudiants présente une dizaine d’idées sous forme de manifeste afin d’engager le débat sur des thématiques en lien avec l’avenir de la ville. Ils espèrent ainsi que, à l’approche de l’élection des futurs élus municipaux, toutes ces idées novatrices ne tombent pas dans l’oubli. Ces rencontres sont l’occasion pour tous de prendre la parole et de réfléchir à la fonction sociale de la ville à travers dix grands thèmes, dont le design, le développement économique, l’environnement et le développement durable.

Un flot d’idées

La première rencontre «Imaginer Montréal» s’est déroulée le jeudi 5 septembre. Le thème abordé portait sur les transports. Après l’intervention des élèves d’Urbania, les spectateurs ont spontanément pris la parole et partagé leurs idées. Anny Schneider, strasbourgeoise immigrée au Québec depuis plus de trente ans, se demande pourquoi nous n’avons toujours pas mis en place un système de tramway qui permettrait de pallier les lacunes du métro et, ainsi, avoir accès plus facilement aux zones encore mal desservies. À la question d’une ville sans voiture, les étudiants d’Urbania expliquent que c’est encore un projet trop irréaliste. Ils offrent cependant deux propositions permettant de limiter l’accès des véhicules au centre-ville. Premièrement, faire de la rue Sainte-Catherine une rue piétonne toute l’année et pas uniquement de manière occasionnelle l’été. Deuxièmement, installer des
«péages dynamiques» à l’entrée de la ville afin de dissuader le va-et-vient constant de voitures entre le centre et la banlieue.

Le but de ce mégaphone est de réanimer l’intelligence collective, de réinventer «la ville» pour lutter contre l’aliénation et améliorer le quotidien montréalais. Des Bixis d’hiver aux jeux collectifs dans les abribus pour créer du lien social comme proposent les élèves d’Urbania, toutes les idées sont les bienvenues. Christopher M. Gutierrez, professeur en Communication à l’Université McGill explique l’importance de s’impliquer dans la vie quotidienne de nos villes. Il dit qu’il est difficile pour un citoyen d’influencer de manière concrète les choix faits au niveau provincial ou national alors qu’il est plus facile pour celui-ci d’exprimer sa voix au niveau urbain. Pour cette raison il explique qu’«améliorer nos villes est ce qui fera du monde un monde meilleur».