Coup de jeune pour le classique
25 février 2013 - Image par Zoë Carlton
Récital de jeunes musiciens mcgillois à l’École de musique Schulich

C’est un concert un peu particulier qui se déroule ce samedi 23 février à la Faculté de musique: deux élèves présentent en effet un récital de pièces de leur choix, d’époques et de styles variés. Ce concert se déroule dans le cadre de la série de concert CBC/McGill, qui présente les jeunes artistes les plus prometteurs, et met à l’honneur le clarinettiste Eric Abramovitz et la violoniste Bénédicte Lauzière.

 

Un tremplin pour les jeunes talents

Le concert commence par quatre morceaux pour clarinette et piano. Le répertoire comporte aussi bien des incontournables que des pièces plus originales. Accompagné par Louise-Andrée Baril au piano, Eric Abramovitz s’illustre particulièrement par son interprétation de la Sonate opus 184 pour clarinette de Poulenc, qu’il joue de mémoire et en parvenant à intégrer à ce morceau connu une touche d’originalité. Il enchaîne ensuite sur une Sonate de Brahms, une rhapsodie de Debussy et, enfin, une pièce de concours de Messager. Le tout est interprété avec une justesse et une sensibilité remarquable pour un si jeune musicien. Eric Abramovitz termine actuellement son bac à McGill, où il étudie sous la direction d’Alain Desgagné. Cependant, le jeune musicien a déjà un beau parcours derrière lui, puisque, après avoir été soliste de plusieurs orchestres montréalais, il se produira avec l’Orchestre symphonique de Québec en avril.

Bénédicte Lauzière s’aventure, pendant la deuxième partie du concert, vers un répertoire plus moderne en commençant son récital par Trois Préludes pour violon et piano, pièce jazz de George Gershwin. Il est agréable, et peut-être un peu surprenant, de découvrir le violon dans un registre où il est peu utilisé. La violoniste interprète ensuite la Sonate n°1 pour violon seul de Bach; sa maîtrise technique est impressionnante, et elle parvient à jouer de manière très personnelle. Accompagnée par le pianiste Raymond Wong, elle termine par une Sonate de Mozart, puis par un retour à un répertoire plus contemporain en interprétant la Sonate n°2 de Maurice Ravel. Bénédicte Lauzière a gradué l’année dernière de la Faculté de musique, et elle prépare maintenant une maîtrise à la prestigieuse Julliard School, auprès de Masao Kawasaki.

La série de concerts CBC/McGill organisée par l’École de musique Schulich se veut un tremplin pour faire découvrir au grand public des jeunes artistes prometteurs qui ont déjà commencé ou qui comptent entamer une carrière dans l’interprétation instrumentale. C’est aussi un moyen pour rendre la musique classique accessible au plus grand nombre.

 

Vers un classique plus jeune

Dans une entrevue accordée au Délit, Jasmine Wilson, la réalisatrice adjointe, exprime son souhait de désacraliser la musique classique: «Il est vraiment important de mettre en place de tels concerts. Il faut que les gens qui ne font pas partie de la communauté musicale puissent découvrir les incroyables talents du Canada.» Des concerts gratuits comme ceux de la CBC tentent d’attirer un public toujours plus nombreux, en proposant des concerts de styles variés, dans une atmosphère bon enfant loin de celle parfois guindée des grandes salles de concert nationales. Cela permet aussi de rendre le classique plus accessible à une catégorie qui tend de nos jours à s’en désintéresser: celle des étudiants et des jeunes adultes. «Le monde de la musique classique semble parfois fermé et réservé à une élite. Et le prix des concerts est souvent encore plus décourageant», explique au Délit une étudiante de McGill. La série de concerts CBC semble ainsi prendre tout son sens, et, pour Jasmine Wilson, le public étudiant est le premier public visé par cette initiative: «Voir de jeunes adultes jouer de la musique classique permet d’ouvrir cet univers aux autres jeunes; c’est aussi très inspirant».

Eric Abramovitz et Bénédicte Lauzière deviennent le temps d’un après-midi les chefs de file de la nouvelle musique classique. Avec un si grand talent, ils ont déjà presque rejoint la cour des grands et apportent un agréable vent de fraîcheur à des œuvres canoniques.