Art et histoire
12 février 2013 - Image par Camille Chabrol
Le Pérou est à l’affiche au Musée des beaux-arts.

La nouvelle exposition conçue par le Musée des beaux-arts de Montréal, «Pérou: royaumes du Soleil et de la Lune», rassemble plus de 300 œuvres allant de l’époque précolombienne aux artistes du 20e siècle. L’identité et la spiritualité des différentes civilisations ayant habité le Pérou sont au cœur de cette exposition qui couvre plus de 3 000 ans d’histoire.

«Pérou: royaumes du Soleil et de la Lune» retrace l’histoire du Pérou. La visite débute par la découverte des fouilles archéologiques du XIXe siècle, qui donne l’occasion aux visiteurs de se prendre pour de petits Indiana Jones explorant le Machu Picchu. Cette introduction est efficace, puisque sont ensuite exposées des quantités phénoménales de parures, de bouteilles et d’ornements datant de la période précolombienne. Tous ces objets, qu’ils aient une fonction dans la vie de tous les jours ou lors des rites funéraires, sont intimement liés à la spiritualité des civilisations andines. En effet, que ce soit au niveau de la sexualité, des sacrifices faits aux dieux, ou de ce que les rois emportent dans leur tombe, les objets récoltés par le Musée des beaux-arts illustrent la croyance en la complémentarité des différents aspects du monde observable: or et argent, soleil et lune, homme et femme.

Après la spiritualité représentée par les’objets, l’art de la période coloniale contraste de façon presque violente avec les œuvres qui l’ont précédé. Les Européens apportent avec eux le catholicisme, et nous sommes maintenant face à des représentations de Jésus et de saints. Ce changement radical illustre le choc de la colonisation et tous les changements qui s’en suivent.

Quand on arrive enfin au 20e siècle et à l’indigénisme, courant artistique qui veut revaloriser l’héritage indigène, la boucle est bouclée. Même si les tableaux ne sont pas directement liés aux objets datant d’avant la colonisation, on retrouve cette identité qui semblait avoir disparue. La force de l’exposition réside dans son approche chronologique, qui, lorsqu’elle se termine avec l’indigénisme péruvien, permet d’observer l’évolution et les changements d’une identité collective à travers l’art. En reconnaissant leur passé, les artistes péruviens du XXe siècle participent à la création de l’identité moderne du Pérou, processus qui a commencé il y a plus de 3 000 ans.

Le clou de l’exposition est l’illustre Mona Lisa du Pérou (voir la photo ci-haut), qui est en réalité bien loin de l’œuvre de Léonard de Vinci. Ce terrifiant ornement Mochica (100-800 après J.-C.) en or est bien plus qu’une relique d’avant la colonisation: il est le symbole de la lutte au trafic d’œuvres d’art. Restituée au Pérou en 2006, la «Joconde» péruvienne avait été volée dix-huit ans auparavant sur un site archéologique au nord du pays. Retrouvée par Scotland Yard à Londres, l’œuvre Mochica fait son premier voyage à l’extérieur du pays pour l’exposition du Musée des beaux-arts. Ainsi, le Musée ne se contente pas de retracer l’histoire du Pérou à travers ses objets d’arts. Il remet aussi en question la légitimité des fouilles archéologiques et de la muséologie.