McGill creuse la tombe du pétrole
5 février 2013 - Image par Lindsay P. Cameron
L’organisme Divest McGill incite l’université à désinvestir dans les combustibles fossiles.

Le groupe étudiant Divest McGill a organisé, le vendredi 1er février dernier, la sortie de pétitions pour encourager le conseil administratif de l’Université McGill à cesser l’investissement dans les combustibles fossiles et le Plan Nord.
Bronwen Tucker, étudiante en troisième année à l’École d’environnement à l’Université McGill, ouvre la rencontre de vendredi dernier par un discours visant à mobiliser la communauté mcgilloise en mettant l’accent sur l’initiative de l’université à investir dans le développement durable.
«Il est de notre devoir, en tant qu’université et communauté, d’agir et d’assurer un avenir durable et sain à notre planète», dit Tucker dans son discours.
La campagne de Divest McGill, ayant débuté en octobre 2012, a formellement demandé à l’université de réviser ses investissements dans diverses compagnies pétrolières. Divest McGill dénonce les nombreuses injustices sociales engendrées par ces projets pétroliers comme le non-respect des droits des peuples autochtones et l’atteinte à la démocratie et à la science, ainsi que le réchauffement.
Lily Schwarzbaum, membre de Divest McGill et l’une des organisatrices du rassemblement, note l’ampleur que le mouvement prend: «Il y a actuellement plus de 200 universités à travers l’Amérique en lien avec l’association 350.org et la Canadian Youth Climate Coalition, qui militent avec nous pour la campagne «Fossil Free», visant au désinvestissement des institutions dans les combustibles fossiles».
Au Québec, la situation actuelle concernant l’exploitation de combustibles fossiles est au cœur des débats politiques. En effet, la découverte d’une réserve de pétrole de type «sables bitumineux» en Gaspésie par la compagnie Pétrolia et les pressions de la Coalition Avenir Québec pour que le gouvernement québécois s’approprie les pétrolières sur l’île d’Anticosti sont deux événements assez marquants des dernières semaines sur la scène provinciale.
De tels investissements feraient que le Québec devienne un important centre d’exploitation pétrolière. Or, Divest McGill s’inquiète de l’impact qu’ont les sables bitumineux et les combustibles fossiles sur l’environnement, détruisant les forêts et accélérant la détérioration des sols, de l’air et de l’eau.
Le rassemblement avait pour but principal de déposer les deux pétitions de Divest McGill, qui ont collecté plus de 750 signatures d’étudiants et de membres du personnel de l’Université McGill. La première pétition visait principalement le désinvestissement dans les sables bitumineux et combustibles fossiles, tandis que la seconde visait le retrait des investissements dans les compagnies associées avec le Plan Nord.
«[Les pétitions] sont la procédure formelle à adopter pour demander au Conseil des gouverneurs de faire un mandat de désinvestissement dans les combustibles fossiles. C’est [celui-ci] qui a le dernier mot pour faire pression sur l’administration», souligne Lily Schwarzbaum dans son entrevue avec Le Délit.
Ces pétitions ont été officiellement remises à M. Stephen Strople, secrétaire général de l’université, qui les présentera au comité chargé de formuler des recommandations en matière de responsabilité sociale (CAMSR). Ce groupe se rencontre lorsqu’il se trouve devant des pétitions étudiantes rassemblant plus de 300 signatures et ils se doivent de discuter des impacts en matière d’injustice sociale.
M. John Limeburner, directeur exécutif des investissements de l’université, souligne dans son entrevue avec Le Délit «qu’il est possible de désinvestir, bien que certains désinvestissements devraient être étalés sur une longue période, et certains sont sujet à une remise en perspective quant à leur valeur pour McGill».
Lily Schwarzbaum est optimiste quant à l’impact qu’aura la campagne pour le désinvestissement des universités dans les compagnies pétrolières:
«Nous voyons notre initiative comme faisant partie d’un mouvement d’action citoyenne à travers l’Amérique du Nord, et pas seulement au Québec. Nous espérons qu’en présentant ce rapport, CAMSR va recommander au Conseil des gouverneurs de désinvestir [dans les combustibles fossiles]».