McGill, UQAM, même combat
31 janvier 2013

«L’accroissement relatif de la criminalité et de la violence dans notre société n’épargne pas les campus universitaires» : le genre de phrase préembalée que nous sert l’administration de notre université afin de justifier les interventions policières  sur  le  campus au cours de la dernière année.  Le même genre de phrases qui créent une culture de la sécurité et transforment McGill en un endroit où les  droits  de liberté d’expression et d’information sont compromises.

Sauf que, cette fois, la phrase date de 1994 et est tirée directement du préambule de la Politique de prévention et de sécurité et des mesures d’urgence (Politique 25) de l’Université du Québec à Montreal (UQAM). À l’UQAM, depuis le début de la session, des agents de sécurité sont présents douze heures par jour, devant des murs délimitant une zone de chantier qui jusqu’à aujourd’hui empêchaient les étudiants en droit et en sciences politiques de se rendre dans leur locaux associatifs, fermant du même coup le Café étudiant «Aquin».

Des agents de sécurité en permanence, l’installation de dizaines de nouvelles caméras de surveillance et la refonte de la Politique 25  du Règlement de régie interne (Règlement 2) sont autant de symptômes d’une **sécuratisation** des universités à travers le Québec.

Les projets de renouveaux des mesures sécuritaires à l’UQAM semble être le reflet presque parfait de la situation de la sécurité à McGill.

En décembre de l’année dernière, la direction de l’UQAM affirmait que la politique 25 de 1994 ne «reflète plus adéquatement (…) notre réalité et environnement universitaire» de façon qu’une refonte s’imposait. Un document de révisions a été compilé sans préavis ou consultation d’aucune sorte de la communauté universitaire.

Suite à des pressions exercées par le corps étudiant, le projet de refonte fût retiré indéfiniment de l’ordre du jour du dernier Conseil d’Administration le 11 décembre dernier.

À McGill, le protocole provisoire de sécurité, a été mis en place le 12 février 2012 suite à l’occupation du bâtiment d’administration James. Ayant reçue mauvaise presse au point de se faire critiquer par l’Association canadienne des libertés civiles, l’administration a cherché à se dissocier de l’image négative.

“Le protocole reste en place” annoncait le Vice-principal (administration et finance) Michael Di Grappa lors de la réunion du sénat le 23 janvier 2013. McGill choisit tout de même de le conserver sous une autre forme en le remplaçant par un énoncé de valeurs et principes sur la liberté d’expression et la tenue d’assemblées pacifiques et par des procédures standards d’opérations.  Le fond reste donc le même : “l’énoncé de valeurs et principes sera basé sur le protocole provisoire” conclu M Di Grappa.

Cette idée en rebute plus d’un car comme l’a dit la présidente du SÉOUM (Syndicats des employé(e)s occasionnels de l’Université McGill), Jamie MacLean lors de la manifestation contre le protocole qui s’est tenue sur le campus le 22 janvier dernier, le syndicat continuera à s’opposer contre toutes mesures qui restreindraient les libertés d’expression, de manifestation et d’associations des membres de la communauté mcgilloise et c’est clairement ce que fera l’énoncé s’il s’inscrit dans une continuité avec le protocole.

L’administration se réjouit de dire que les commentaires émis par la communauté semblent être en accord avec les fondements du document. Par contre, seulement 25 personnes ont répondu à la demande de recommandation et commentaires non-confidentiels – de par leur nature via courriel – par l’administration qui ont eu lieu uniquement pendant la période d’examen finaux de la session d’automne et pendant les vacances d’hiver. Le processus n’est donc pas réellement représentatif de l’opinion de la communauté.

L’erreur qu’à commis la direction l’UQAM dans la mise en application de ses décisions concernant la sécurisation du campus est de ne pas avoir faire de simulacre de consultation. McGill l’a compris et a instauré des enquêtes internes,  forums ouverts, foires de consultations, rapports et autres institutions sensées rendre légitimes les nouvelles mesures de sécurité.

Le problème avec ce genre d’exercice est que les étudiants se retrouvent encore une fois dans cette dynamique de pouvoir où l’administration tiens le gros bout du bâton. Debout sur un podium d’un théâtre à 500 places, avec une vingtaine de personnes présentes dont seulement deux ou trois sont du corps étudiant, ces derniers n’ont pas beaucoup de chance de parvenir à faire entendre leurs points de vues.

Dans son projet de refonte de la politique 25, l’UQAM propose la création d’un Comité de discipline comportementale qui aurait pour mandat d’imposer des sanctions disciplinaires aux personnes condamnées pour avoir posé des «actes contraires à la Loi ou toutes infractions aux règlements ou aux politiques de l’Université».

Les étudiants se présentant devant ce comité n’ont pas le droit d’être représentés par un avocat, malgré  l’étendue de sa juridiction et les conséquences pouvant aller jusqu’à l’expulsion de l’université. De plus, le comité débute avec une présomption de culpabilité: si l’étudiant ne se présente pas devant le comité, ce dernier est  «réputé avoir admis les faits qui lui sont reprochés» (p. 32).

La session dernière, à McGill, plusieurs étudiants se sont vus confrontés à des procédures disciplinaires par le comité sur la discipline étudiante. Les motifs de convocation étaient plutôt arbitraire et la plupart des personnes condamnées ont été rapidement acquittées. En revanche le fait même de passer devant ce comité constitue en soi un processus intimidant.

Ces parallèles ne sont pas exclusifs à ces deux universités. Les dérapes des agents de sécurité à Concordia et l’entrée des policiers anti-émeute à l’Université de Montréal ne sont que d’autres exemples qui démontrent que cette culture de la sécurité est bel et bien en train de se développer dans les universités du Québec. Afin d’y remédier, il faudra que l’ensemble des communautés universitaires présentent un front commun pour faire contre-poids au pouvoir des administrations qui semblent s’être passées le mot au sein de la CREPUQ pour imposer unilatéralement des mesures censurant la liberté de sa communauté.