Réflexions depuis une tribune
25 janvier 2013 - Image par Photodisc

Au cours de mon adaptation à la vie canadienne, je ne pus échapper à une  «game» de hockey. «Sport national»; un «incontournable». Ainsi soit-il. Si j’étais déjà sceptique à l’entrée dans l’arène, j’en ressortie surprise.

Des joueurs qui entrent au travers de flammes. Comble de l’ironie nord-américaine. Des flammes sur une patinoire. Ils ont du le faire exprès. Un par un, nommés, glorifiés. Plus impressionnant que Johny Halliday à l’Olympia c’est sûr.

L’équipe adverse entre, d’un seul bloc. Sûrement pour écourter les huées qui retentissent.

On se justifie: «Une rivalité historique». Les Canadiens et les Maples Leafs sont «comme ça», ils ne se «supportent pas». Pour des équipes qui affichent de très fréquentes «acquisitions» ou «départs», la raison de la haine interprovinciale au niveau de la Ligue Nationale de Hockey (LNH) est clairement une projection du ressentiment des fans et non des joueurs eux-mêmes.Mais ceux-ci entrent dans «le jeu».

Est-ce la pression? Des consignes? Ou simplement de la haine? En tout cas, il paraît que chaque occasion est bonne pour s’en prendre physiquement à l’adversaire. Les joueurs se battent à mains nues, enlèvent leur casque pour avoir un accès direct à la peau. Les arbitres les laissent faire. On dirait plus un moment de télévision qu’une rivalité historique…

Non, le match ne se joue clairement pas sur la glace.
On voudrait dire qu’il se joue au creux de chacun, de tous les Canadiens que le hockey prend aux tripes. Malheureusement, il se joue surtout au-delà même des tribunes, dans des salles aux bureaux ronds par des hommes  en costume-cravates.

Chapeau bas à la LNH qui a réussit à démarrer sa saison de façon fantastique! Le blocage de la saison jusqu’à il y a quelques jours à fait augmenter l’excitation des fans: non seulement tous les fans ont dû patienter pendant de longues semaines que la saison commence, mais grâce au «retard» accumulé, la manipulation de la programmation des matchs permet d’avoir plus de matchs opposant des «ennemis jurés». Donc, plus d’argent. Le sport qui rend fous les Canadiens se resumerait-il à des coups de poing et des billets?

Le hockey n’est malheureusement pas le seul sport où la violence est banalisée et mise en scène. Le 8 octobre dernier, un match de football opposant l’équipe des Chefs de la ville de Kansas aux Corbeaux de Baltimore est devenu tristement célèbre. Après une chute particulièrement impressionnante qui mit à terre un des joueurs, Matt Cassel, une clameur retentit du stade de 70 000 spectateurs. Peu importe la qualité du joueur à terre, c’est avant tout un homme, blessé. C’est ce qu’a voulu rappeler Eric Winston, l’un de ses coéquipiers. Aux micros de toutes les agences de presse présentes, il s’insurge: «Nous ne sommes pas des gladiateurs et nous ne sommes pas au Colisée romain. Le football est un jeu».
Winston ajoute: «Si vous êtes un de ceux qui ont crié de joie, ou même sourit, c’est dégoutant».
À notre époque, dans la bulle du «politiquement correct» et des mots bien choisis, la violence n’est pas condamnée.

La fossé entre la vie réelle et le jeu reflète-t-il un besoin de violence de notre société qui ne date pas d’hier? Sommes nous aussi sanguinaires et avides de violence que nos ancètres si décriés? Le Centre Bell est peut-être le nouveau Colisée alors : Bon Spectacle!