Actualités | 26 novembre 2012
Loin des yeux, loin du coeur
Le conflit étudiant fini, les leadeurs étudiants se rangent.
Rédigé par | Image par Lily Schwarzbaum | Le Délit

Article mis à jour le 3 Décembre 2012

Nadeau-Dubois, Bureau-Blouin, Desjardins: trois noms qui s’ajoutent au panthéon des leaders étudiants qui ont lutté pour l’accessibilité à l’éducation.

Une fois passés l’apothéose de la grève et de l’engagement étudiant sans précédent des derniers mois, ces trois figures du mouvement étudiant, les trois porte-paroles les plus médiatisés et connus du public, sont plus ou moins passés du devant de la scène à l’oubli, où même à d’autres causes.

Gabriel Nadeau-Dubois a démissioné de la Coalition Large de l’Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante (CLASSE), Léo Bureau-Blouin est passé en politique, et seule Martine Desjardins est restée fidèle à son poste, en tant que présidente de la Fédération Étudiante Universitaire du Québec (FEUQ).

Maintenant que le calme est revenu et que la hausse des frais de scolarité est annulée, la réalité des cours revient. Les étudiants peuvent alors se demander s’ils n’ont pas été délaissés par leurs représentants étudiants, et si l’annulation de la hausse s’est faite sans ces leaders.

Les représentants se sont reconvertis et mis à part, les derniers remous dans le cas de Gabriel Nadeau-Dubois, ont repris le cours de leurs vies – celle de Léo Bureau-Blouin avec le changement qu’apporte le poste de député.

Selon Robin Reid-Fraser, vice-président externe de l’Association Étudiante de l’Université McGill (AÉUM), impliquée dans ces questions, «il est logique d’avoir des leaders étudiants qui prennent le rôle de porte-paroles, mais il est très important qu’ils restent à l’écoute des étudiants qu’ils représentent».

Gabriel Nadeau-Dubois ou la déchéance

Gabriel Nadeau-Dubois, généralement accepté comme ayant été la figure de proue du printemps érable, a démissionné de son poste de co-porte-parole de la CLASSE le 8 août 2012, après six mois de lutte étudiante. Élu à l’automne 2011 comme porte-parole, il était rapidement devenu le représentant étudiant le plus médiatisé, populaire au point d’être affublé de son propre acronyme: «GND».

Une telle popularité devenait gênante dans une association à démocratie directe où les porte-paroles représentent ensemble l’association et où les présidents sont inexistants. Selon une étudiante de McGill: «Il était légitime et bon pour le mouvement étudiant qu’il [Gabriel Nadeau-Dubois] parte», ajoutant que «la CLASSE était devenue Gabriel Nadeau-Dubois». Une telle popularité se devait aussi de créer des ennemis, et vers la fin de son mandat, GND recevait même régulièrement des menaces de mort.

Dans sa lettre de démission intitulée «Pourquoi je démissionne», rendue publique le 8 août 2012, GND annonce que «la CLASSE a besoin de nouveaux visages» comme étant une des raisons de son départ, ajoutant que «la CLASSE, avec ou sans moi, continuera à accomplir de grandes choses: je ne suis pas et n’ai jamais été un chef».

Peu après sa démission, GND a reçu une offre d’emploi de la Confédération des Syndicats Nationaux en tant qu’agent de recherche, plus particulièrement sur l’historique des conventions collectives dans le milieu de la construction.

Après une période de calme durant laquelle on entend peu parler de lui, Nadeau-Dubois refait surface en octobre dernier avec l’annonce de sa poursuite en justice par Jean-François Morasse, un étudiant de l’Université Laval, pour outrage au tribunal. Cette poursuite fait suite à ses propos du 13 mai dernier à la chaîne d’information de Radio-Canada, RDI: «Je crois qu’il est tout à fait légitime pour les étudiants de prendre les moyens de respecter le choix démocratique qui a été fait d’aller en grève». Cette phrase a été jugée par la justice comme un appel à violer les injonctions obtenues par les étudiants qui souhaitaient assister à leurs cours.

Jugé coupable le 1er novembre, Nadeau-Dubois a fait appel. Passé de leader étudiant à accusé sur les bancs, Gabriel Nadeau-Dubois a souffert de la fin du mouvement étudiant.

Léo Bureau-Blouin ou la consécration

Figure tout aussi médiatisée que GND, Léo Bureau-Blouin, président de la Fédération Étudiante Collégiale du Québec (FECQ), a également suivi un parcours inattendu, dû à son engagement dans le conflit étudiant.

À la fin de son mandat de deux ans, Léo Bureau-Blouin a quitté la FECQ le 1er juin 2012. En annonçant son départ, il s’est dit déçu de ne pas avoir pu mener à bien la lutte contre la hausse des frais de scolarités. Récemment, en entrevue avec Le Délit, il ajoute qu’il «estimait avoir fait son devoir».

Cette démission suivait de peu certains désaccords avec la CLASSE qui avait fissuré l’image de l’union des différentes associations étudiantes. Léo Bureau-Blouin a cependant déclaré au Délit que «l’ensemble des associations étudiantes ont travaillé ensemble, ce qui n’était pas arrivé depuis très longtemps». Une coopération aujourd’hui inexistante, semble-t-il: Camille Robert, co-porte-parole de la CLASSE, a affirmé au forum sur le syndicalisme étudiant le 13 octobre dernier que «la FECQ et la FEUQ doivent être considérés comme des adversaires.»

Le 25 juillet 2012, à la surprise de nombreuses personnes, Léo Bureau-Blouin entre en politique en annonçant sa candidature pour le Parti Québécois (PQ) dans la circonscription de Laval-des-Rapides. Cette candidature est vue comme une trahison par certains étudiants.

Élu le 4 septembre, il devient à 20 ans le plus jeune député du Québec, tout en affirmant que c’est en partie grâce aux étudiants dont «on a vu l’engagement politique transposé lors des élections ». En effet, Léo Bureau-Blouin a souligné à maintes reprises l’importance de l’engagement des jeunes de notre génération dans le processus politique.

Même si passer de leader étudiant à député a écorché sa crédibilité aux yeux de certains, d’autres voient sa position de député comme un atout pour la représentation de la jeunesse, lui-même ajoutant qu’il «était étudiant il n’y a pas longtemps et en conserve une sensibilité à cet égard».

Martine Desjardins, toujours au jeu

Martine Desjardins a également joué un rôle considérable dans la grève et dans le conflit étudiant.

Plus âgée que les deux précédents leaders, Martine Desjardins est étudiante au doctorat en sciences de l’éducation depuis à l’UQAM, tout en étant présidente de la Fédération Étudiante Universitaire du Québec (FEUQ). On peut donc supposer que la défection de Gabriel Nadeau-Dubois et Léo Bureau-Blouin était peut-être due à leur jeunesse et, la fin de leurs études arrivée, ils ont été attirés par d’autres horizons tandis que Martine Desjardins, plus stable, est restée fidèle au poste et continue de représenter les intérêts des étudiants.

Cependant, au cours de l’année dernière, on a vu certains changements au niveau des idées de la FEUQ. Traditionnellement alliée à la FECQ, les deux associations sont reconnues comme associations étudiantes modérées et plus consentantes à coopérer avec gouvernement. On a pu toutefois remarquer au cours de l’année dernière un rapprochement d’idées de la FEUQ vers la CLASSE.
Selon Martine Desjardins, la prochaine étape est le sommet sur l’enseignement supérieur prévu par le ministre de l’Enseignement supérieur Pierre Duchesne pour février prochain, a t-elle annoncé lors d’une conférence de presse. À ce sujet, Robin Reid-Fraser dit d’ailleurs qu’il est important que «les associations étudiantes reçoivent des demandes claires de leur membres et travaillent à partir de cela».

Les leaders étudiants vont et viennent, certains plus bruyamment que d’autres, mais perdent de leur éclat après avoir quitté le devant de la scène. Gabriel Nadeau-Dubois nous a surpris tant par le silence radio qui a suivi sa démission que par sa condamnation en novembre. Léo Bureau-Blouin en a déçu plus d’un par sa candidature au Parti Québécois. Quant à Martine Desjardins, toujours fidèle au poste, elle a étonné les associations étudiantes de par son rapprochement avec la CLASSE, ce qui équivaut à un éloignement par rapport à la FECQ. Espérons que la relève saura représenter nos intérêts au prochain sommet sur l’éducation supérieure.