Concerto pour dix danseurs
26 novembre 2012
José Navas présente sa nouvelle chorégraphie au Théâtre Maisonneuve

Les danseurs sont humains.
 J’ai toujours voulu croire que la danse appartenait à une race post-humaine, une génération d’êtres à la grâce et à l’élégance innées.
 Pourtant, l’humanité des danseurs de Diptych est flagrante. En effet, une partie de ce ballet se déroule sans musique, laissant place au bruit des pieds qui glissent sur le plancher à chaque pirouette, qui frappent le sol lors des retombées qui paraissent moins légères qu’on ne l’aurait imaginé, aux respirations qui s’accélèrent, bruyantes, saccadées. Et même lorsque les mélodies de Bach commencent et cachent la musique humaine, le spectateur voit l’humanité. Il voit la sueur qui tache les habits, le tissu qui dessint et contournt les corps crûment, il voit la nudité même. 
Il faut se rendre à l’évidence, même si c’est décevant: les danseurs sont faits de chair et d’os.

Participant à la saison de danse de Montréal «Danse Danse» pour la seconde fois, le chorégraphenvénézuélien José Navas présentait sa nouvelle chorégraphie Diptych au Théatre Maisonneuve de la place des Arts le 14 novembre dernier. Sur scène, 10 danseurs: 5 hommes, 5 femmes. Pourtant, chaque danseur n’est que le reflet de l’autre. Mêmes costumes indifféremment des sexes, mêmes mouvements.
Des petites robes de ballet pour tous, sans distinction. L’uniformité des costumes qui contraste avec ce qu’on est habitué à voir (normalement ce sont les filles qui se conforment à l’habit masculin et non l’inverse), déstabilise de prime abord. On en vient cependant à s’habituer et à apprécier le renversement des normes.
Les mouvements réalisés par ce danseur hybride, unique et pluries, étaient d’une qualité technique peu égalée. Pirouettes sur pirouettes, le spectateur peine à suivre le danseur des yeux tellement les mouvements s’enchainent rapidement. Plus difficile les uns que les autres, ils demandent du danseur une tenue et un maintien hors du commun. Bondissant dans les airs tels des félins, atterrissant sans un bruit, soulevant leur partenaire dans de fluides mouvements, les créatures de Dipytch coupent le souffle. Malheureusement, le manque de synchronisation frappe même le néophyte. Dans une chorégraphie qui se veut un grand ensemble, l’effet désiré est de fait annulé, brisant l’univers merveilleux du chorégraphe.
La pièce est accompagnée des airs baroques de Bace qui conviennent parfaitement au ballet moderne présenté par les danseurs. Cependant, au fur et à mesure que la pièce évolue, on aimerait troquer le classique pour un air plus rythmé. L’ambiance est lourde, pas toujours aussi frivole que se veulent les costumes et les pas.