Escapade chez Mado
23 octobre 2012
Certains passent une semaine en Thaïlande, d’autres passent la soirée chez Mado.

Bienvenue chez Mado. Le cabaret a été fondé en 2002 par Luc Provost, plus connu par son nom de scène: Mado Lamotte. Il est sans doute le drag queen le plus connu de Montréal avec une renommée mondiale. Écrivain et chanteur à ses heures, il est l’animateur du cabaret.

Un drag queen est un homme qui s’habille en femme, souvent de façon loufoque ou en imitant une femme célèbre, à titre de spectacle incluant du chant, de la danse ou du lip-sync. Le terme «transformiste», quoique moins répandu, est également utilisé en français.

Un drag queen se fait appeler par le pronom «elle», et nous en ferons de même.

Le spectacle débute à 23 heures. La salle se remplit très vite et on fait patienter le public avec la fameuse chanson d’ABBA «Dancing Queen» qui retrouve tout son sens dans ce contexte.

Les transformistes sont magnifiques. Elles ont un maquillage sophistiqué et sont habillées de façon extravagante. Il semble qu’elles soient nées pour faire ce qu’elles font, et on sent qu’elles aiment se déguiser et monter sur scène. Le maquillage exagéré de Mado Lamotte fait tout de suite penser à la Reine de cœur dans le monde d’Alice imaginé par Lewis Carroll. Le soir du 19 octobre, le cabaret reçoit Rita Baga, Dream, Mary Kay et Gabriella.

Mado, accompagnée de Nana, sa co-animatrice, déborde de charisme. Elles sont toutes les deux à l’aise et se moquent talentueusement et généreusement de tout, notamment de l’Église et des hétérosexuels, tout en sachant qu’une grande partie du public sont de ceux-là.

Les moqueries des animatrices font rire et mettent mal à l’aise. Le spectateur joue un rôle important: ses réactions font partie intégrante du spectacle. Les animatrices sont en constante interaction avec celui-ci, en l’interpellant et en parlant individuellement aux spectateurs qui viennent d’ici ou de plus loin.

Au fur et à mesure que le spectacle avance, le public est euphorique; il en veut plus. Quand une sosie d’Adele apparaît sur scène, il est comblé. Il s’agit de la nouvelle chanson «Skyfall», spécialement écrite pour le nouveau film de James Bond. Puis, Dolly Parton fait son apparition, suivie des Scissor Sisters.

Place à la seconde partie du spectacle. Mado a changé de costume: elle ressemble à une reine égyptienne. Elle présente le prochain numéro par une déclaration: «le point commun des femmes et des gays, c’est Walt Disney». La petite sirène Ariel arrive sur scène et danse sur la pointe des pieds comme une ballerine à l’exclamation de la foule qui connaît par cœur les paroles et donne ainsi raison à la déclaration de Mado. Lady Gaga vient sur scène pour une imitation de «Bad Romance», puis Pink avec «Raise your glass». Le dernier numéro achève le spectacle en beauté avec une performance tirée du film culte Fame.

En trois heures, le cabaret Mado a bousculé tout tabou social. Parfois, on se demande quelle est, en fin de compte, la réelle différence entre homme et femme. Qu’est-ce qu’un homme? Qu’est-ce qu’une femme?

Devant ces artistes, on se rend compte de la frontière fragile entre les deux genres. Elles sont nées hommes, mais face à leur féminité et leur attitude, il devient évident qu’il s’agit de femmes.

L’animatrice Mado incarne l’insouciance, la joie et la liberté sexuelle. Elle envie le public qui l’admire et qui aimerait tant être comme elle. C’est peut-être pour cette raison que le cabaret a tant de succès et que les spectateurs reviennent. Le public cherche sans doute à s’échapper pour quelques heures d’une société qui peine à se défaire de son carcan.

20/06/2017 Note de la Rédaction: Après relecture de son article, l’auteur souhaite adresser certains des aspects de son article qu’elle trouve à présent problématiques, insensibles sur plusieurs niveaux et véhiculant de fausses insinuations.

1. Le recours au pronom «il» pour les personnes qui s’identifient comme femmes est un refus violent de leur désir, leur identité et leur droit d’être reconnues en tant que femmes.

2. La réduction de la Thaïlande au tourisme du sexe est une association facile qui se base sur des préjugés dégradants permettant la fétichisation de personnes d’origine asiatique.

3. L’auteure est une femme cisgenre qui pose un regard condescendant sur les femmes trans, sans reconnaître la dynamique de pouvoir qui existe, étant donné sa position relativement privilégiée (ne subissant pas les discriminations que peuvent rencontrer les femmes trans, notamment la remise en question de l’identité féminine)

4. Les idées et les remarques mises en avant dans cet article maintiennent une série de normes qui légitiment l’objectivation obsessive des femmes trans.

 

Vocabulaire: 

Nom de scène: stage name
Renomée: reputation
Écrivain: writer
Loufoque: crazy
Charisme: appeal
Maquillage: make up
Moquerie: mocking remarks
Animatrice: organizer
Interpeller: call out to
Au fur et à mesure: as we go along
Sosie: double
Être comblé: be fulfilled
Sirène: mermaid
Pointe: toe
Paroles: lyrics
Numéro: act
Achever: to end
En beauté: on a high note
Culte: very famous
Incarner: embody
Carcan: rigidity