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Des petites verges

Les mots de saison

Détrompez-vous, je ne parle pas de mes parties intimes. Les qualifier ainsi serait ne pas leur rendre justice. Cette semaine nous parlons typographie. La typo est à l’honneur, alors que le bon usage de celle-ci semble tomber en désuétude. On n’en apprendra jamais trop sur ces signes sans lesquels la lecture de nos auteurs préférés serait bien difficile. La typographie, c’est ce qui sépare les mots par des espaces, c’est ce qui rend à l’écrit ce que les mots seuls ne peuvent exprimer.

Alors quel est le rapport entre le bâton et la ponctuation ? La virgule. Ce signe, apparu avec le développement de l’imprimerie au XVe siècle, sépare d’abord les différentes parties d’une phrase, mais, surtout, donne le rythme. On en use, on en abuse, mais on la chérit, contrairement au point-virgule, au cadratin, au pied-de-mouche qu’on oublie peu à peu.

Un peu d’étymologie : le suffixe «-ule » signifie en effet « petit ». La canicule est donc une petite chienne. Cette vague de chaleur était, au Moyen Âge, censée survenir au mois d’août, quand l’étoile Sirius, aussi appelée « petite chienne », se couche en même temps que le soleil. On construisit sur le même modèle le mot « homoncule », ou « petit homme ». Vous comprenez l’histoire de ma petite verge. Un petit nom exquis quand on y pense.

Le problème de la virgule tient dans l’utilisation arbitraire qu’on en fait. Elle servait à l’origine à marquer les pauses qu’on fait à l’oral. Il n’est pas rare de trouver dans les écrits de Fontenelle ou de Guez de Balzac une virgule entre un verbe et son sujet ; une hérésie de nos jours. En effet les règles d’usage de la virgule se sont rigidifiées. Pas question de mettre une virgule sérielle à la fin d’une énumération, la fameuse oxford comma. On tombe cependant régulièrement sur des bizarreries.

« Ma sœur qui aime les gâteaux » est bien différent de « ma sœur, qui aime les gâteaux ». Dans le premier cas, je parle de celle de mes sœurs qui aime les gâteaux (relative déterminative), dans le deuxième, je précise que ma sœur aime les gâteaux (relative explicative). Elle, grossit. Ah ! Ne viens-je pas de dire qu’on ne pouvait mettre de virgule entre un sujet et son verbe ? Vous m’en direz des nouvelles.

Certains ont pourtant tenté de se débarrasser de toute ponctuation pour répondre à cette typo stricte je pense au Paradis de Philippe Sollers notamment qui contient des phrases qui n’en finissent pas ou plutôt des phrases qui s’imbriquent les unes dans les autres sans qu’on puisse en deviner les différentes parties car la ponctuation en effet est nécessaire à la clarté d’un texte au rythme de celui-ci

Cependant ces exemples sont rares et participent de la littérature expérimentale. La longue marche de la ponctuation, depuis l’invention du point·pour·séparer·les·mots, jusqu’à l’invention du point exclarrogatif, nous appelle à repenser la façon dont nous concevons la lange que nous parlons. En effet il est des signes que nous écrivons peu ou plus. Je pense notamment au signe « multiplier » qui cède sa place à l’«x ».

Que dites-vous du point-virgule ? Philippe Pétain l’abhorrait. Il y voyait un signe bâtard, ni point ni virgule, ni masculin ni féminin. L’androgynie de celui-ci a pourtant tout pour plaire. Il a sa place là où les autres ne sauraient suffire. Quand la phrase syntaxique prend fin mais que la phrase sémantique perdure, c’est là que le point-virgule se justifie.

Enfin, je ne peux qu’exhorter tout un chacun à faire bon usage des signes qu’il connaît, et à découvrir les signes qu’il ne connaît pas. On trouvera toujours des linguistes un peu stricts qui collent à la règle comme la merde au cul d’un bœuf, ou bien des loufoques pour inventer des virgules d’exclamation et d’interrogation. Espérons seulement que la ponctuation a un sens et qu’il ne faut pas la délaisser.


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