Virée nocturne en terrain vague
2 octobre 2012
Comment faire du bruit sans éveiller les soupçons

Pour commencer cette série sur la culture hors-la-loi, nous allons explorer le monde éclectique et inquiétant des raves. Ces événements que beaucoup voient comme des théâtres de la débauche sont arrivés du Royaume-Uni à Montréal il y a moins de vingt ans. Depuis lors, des centaines et parfois des milliers de raveurs se rencontrent chaque semaine dans un lieu gardé secret jusqu’au dernier moment pour écouter tel ou tel genre de musique électronique, le tout dans une ambiance bon enfant et souvent sous l’empire de substances illicites. Du moins, c’est souvent comment on décrit la chose.

Il y avait cette semaine une rave du côté du métro Viau. Au programme: drum ‘n’ bass, Hardtek, électro, dubstep et quelques indéfinissables. Les habitués connaissent le spot. C’est un terrain vague, entre des rails de chemin de fer et le Saint-Laurent, avec vue sur le Stade olympique. En sortant du métro on voit déjà quelques groupes qui progressent vers l’est. Au moment de passer les rails, on fait passer le mot qu’une voiture de police est stationnée un peu plus loin. La soirée commence.

Toute rave n’est pas illégale; mais les meilleures le sont. Certains promoteurs préfèrent obtenir des permis pour organiser leurs soirées; une bonne façon de faire de l’argent en une nuit. Cependant, ils dépassent souvent l’horaire autorisé. D’une année à l’autre, un événement peut passer de trente participants à mille. Les plus gros attirent évidemment l’attention. Les meilleures raves sont celles qu’on trouve sur rave.ca ou auxquelles on est invité via Facebook parce qu’on est ami avec quelqu’un dont on se souvient à peine.

Vendredi, la nuit a commencé entre deux monticules de gravats, la musique jouant tout bas pour rester discrets. Les participants se connaissent tous au moins de vue. Ils se retrouvent toutes les semaines. «Quand on a commencé à aller aux raves, on ne peut plus retourner en club», commente un enthousiaste. On attend qu’une chose: que le volume augmente. Le monde ne compte plus. Il n’y a plus que la nuit et la musique.

Ceux qui font ça depuis des années vous diront qu’ils y trouvent une expérience transcendantale incomparable. C’est aussi là qu’ont commencé la plupart des DJ locaux: dans un terrain vague dans le froid à six heures du matin. On y trouvera toujours une musique électronique d’avant-garde, ou bien une musique qui ne trouverait pas d’oreille pour l’écouter dans un club du village ou de Saint-Laurent.

À quatre heures du matin la fête va bon train. On danse pour se réchauffer quand la musique s’arrête. Rien d’étonnant, un générateur électrique installé au milieu de nulle part n’est pas des plus fiables.

On entend un cri: «Cops!». On fait vérifier l’information, mais il n’y a plus de doute quand on voit trois agents du SPVM derrière les platines. Un ami plaisante: «c’est exactement comme ça qu’une rave devrait se terminer». Quatre voitures de police entourent la scène, une centaine de personnes entrées de façon illégale sur une propriété privée, mais personne ne s’affole. La fête continue ailleurs, dans les appartements des uns et des autres.

Les raves sont un fait. Certains diront que le caractère hors-la-loi ou à la limite de la loi de ces manifestations est indispensable. D’autres aimeraient ne pas avoir à craindre la police. La rave n’est qu’une expression parmi d’autres d’une culture qui se complaît à la marge de la société. Dans les prochaines semaines nous verrons de quelles façons cette culture s’exprime.