Ou toi, ou l’autre
25 septembre 2012 - Image par Gracieuseté Karine Cousineau communications
Robin et Marion revisite l’idylle dans une pièce écrite et mise en scène par Catherine Vidal.

Un conte amoureux détraqué dans une forêt onirique, voilà ce que nous propose Étienne Lepage avec Robin et Marion, dans une réinterprétation libre de la pièce du 13e siècle d’Adam de la Halle. L’auteur avait toujours eut l’envie d’y apporter sa vision propre et c’est avec cet esprit en tête qu’il s’est attelé à la table d’écriture. Pour sûr, l’exploit est réussi, car il démontre une belle maîtrise de la langue, des procédés littéraires et des jeux d’esprit.

Jeux d’esprit, certes, du côté de Lepage, mais jeux d’amour, de hasard et d’inconscience chez ses personnages, ces quatre jeunes adolescents en proie au désir de la chair et des sens, bousculés par leur propre légèreté. Ici, l’auteur aborde sous nombre de situations comiques le thème de l’interchangeabilité des êtres dans un monde où les accidents guident beaucoup plus les hommes que leur rationalité propre. D’ailleurs, l’emploi successif de répétitions dans le texte, récitées par des personnages différents, scelle la forme au contenu. Sur une note plus décevante, la construction de la pièce en un ensemble de courtes scènes ne permet pas d’atteindre le degré de nuance, de focalisation et d’introspection auquel le spectateur aurait aimé être invité, mais sert bien la puissance quasi burlesque de l’œuvre. Bref, le spectateur rit, rit de l’absurdité des imbroglios, mais rit jaune, se reconnaissant peut-être un peu trop en ces têtes folles

La distribution, elle, n’entend pas à rire. Les acteurs dans la fleur de l’âge, composés de Kim Despatis, Renaud Lacelle-Bourdon, Gabriel Lessard et Marilyn Perreault montrent qu’ils savent allier l’énergie de la jeunesse à la sagesse des comédiens expérimentés. Ils livrent leur prestation d’une traite, d’un souffle, avec une étonnante complicité. La richesse de leur jeu dégage une grande intimité et illustre à quel point ils sont sur la même longueur d’onde.

Cette constance dans le jeu des acteurs, cruciale lorsqu’on travaille avec un texte délicat, n’est pas étrangère à la présence de Catherine Vidal à la mise en scène. Si, aux premiers abords, elle laisse un peu perplexe par sa simplicité, cette dernière prend des erres d’aller en deuxième moitié de cette courte pièce. Les jeux d’ombre et de lumière, tout comme une plus importante interrelation entre les personnages et le décor, viendront élever le niveau de la prestation, engager le spectateur plus à fond dans cette cruelle aventure.

Malgré une fin comique qui n’est pas propice à faire bondir le spectateur hors de son siège pour applaudir, debout, à deux mains, cette pièce a toutefois le mérite de nous suivre jusque dans la chambre à coucher où, comme une cire chaude, elle pourra y laisser ses marques.