Élections, divisions et paradoxes
11 septembre 2012
On aura tous lu les mots de Stéphane Laporte dans les pages de La Presse suite aux événements du 4 septembre: «le Québec est en deuil».

Rien de moins, certes, mais la nation québécoise est d’abord et avant tout divisée. Et c’est peu dire, car, depuis quelque temps, plusieurs fossés semblent prendre place à un moment clé de notre histoire. De la hausse des frais de scolarité aux élections provinciales, en passant par la souveraineté, les divisions intergénérationnelles, idéologiques et politiques se sont véritablement ancrées dans le sol québécois. De simples conversations quotidiennes réussissent à éclaircir mon constat: l’unisson québécois est en crise.

Ceci dit, cette crise s’étend au-delà des résultats électoraux; elle émane ainsi d’un malaise profond à l’égard de l’avenir de la province, s’ajoutant hargneusement aux éternels débats existentiels, en plus d’alimenter un paradoxe québécois véritable. Cet inquiétant cocktail Molotov se retrouve donc propulsé par de fausses affirmations et pseudo peurs provenant de bouches malhabiles et de plumes mal informées.

Prenons la hausse des frais de scolarité. Les étudiants ont mené une chaude lutte face à un gouvernement trop confortablement assis au pouvoir, sans pour autant convaincre la «majorité silencieuse», composée entre autres de payeurs de taxes, issus donc d’une autre génération pour la plupart. Tout au plus, la lutte étudiante n’a pas réussi à convaincre un Canada anglais de la pertinence de son acharnement. On n’avait qu’à ouvrir le Globe and Mail pour être témoins de propos désolants et d’un ton condescendant face aux «Québécois-trop-gâtés-qui-chialent-tout-le-temps».

Tournons-nous maintenant vers la souveraineté. À la suite des résultats électoraux, certains souhaitent plier bagages et trouver refuge en Alberta parce qu’évidemment, le Québec perd sa boussole. Pauline Marois et la rue ont pris le pouvoir! Faites vite, les caribous entrent à l’Assemblée Nationale!

Cette incohérence me désole. Non seulement ceci relève d’une ignorance certaine, mais la souveraineté québécoise, qui ne risque pas d’arriver de sitôt, semble davantage rassurante face à un «Harperland» majoritaire. Étrangement, ici réside le paradoxe québécois: aux élections fédérales, les Québécois ont massivement emprunté le chemin de la résistance face à Stephen Harper. Pourtant, le 4 septembre dernier, à la venue d’un parti souverainiste à Québec, certains osent parler d’apocalypse. La fin du monde, elle risque plutôt d’arriver prématurément avec les mesures guerrières de Harper, telle la destruction du registre des armes à feux et non pas avec la maigre minorité de Pauline Marois.

Il découle de cette réaction un autre fait intéressant: le malaise des Québécois et des Québécoises. Bien que nous ne voulions pas d’un Canada dirigé par les Conservateurs, nous n’osons pas pour autant prêcher pour une nation souveraine. Les dernières élections provinciales résument avec brio ce malaise: aucun parti, fédéraliste ou souverainiste, n’est ressorti gagnant de cette lutte à trois. Résultat: une nation plus divisée que jamais, ou presque.

Chose certaine, le 4 septembre dernier, nous avons fait l’histoire. Le 4 septembre, le Québec a élu la première femme à la tête de son gouvernement. Malgré l’incertitude de la population et au-delà de la division du vote, je suis fière de mon Québec. En cette rentrée parlementaire, je souhaite y voir un Québec progressiste, dans lequel chacun et chacune peut jouir d’une égalité hors pair.

Pour toutes ces femmes en politique, de Françoise David à Christine St-Pierre, un chapitre a enfin été fait; une page d’histoire a finalement été tournée. Et on ne le répètera jamais assez.