Décroissance et enracinement
11 septembre 2012
Il existe une légende, tenace, que nous perpétuons tous les jours par nos paroles et par nos actes.

Nous la perpétuons quand nous achetons un kilo de mangues importées du Burkina Faso en plein mois de février juste parce que cela nous tente bien, dans le fond, de manger des mangues quand il neige dehors. C’est encore elle qui nous pousse à acheter le gadget dernier cri alors que nous avions fait l’acquisition de son prédécesseur quelques mois auparavant. C’est toujours elle qui nous pousse à acheter plus de produits moins onéreux et par conséquent de qualité moindre, ce qui a pour conséquence de pousser les producteurs à produire de plus en plus pour des coûts minimisés.

Cette légende qui a bercé notre génération, c’est celle qui raconte que, non seulement l’on peut, mais aussi que l’on doit produire de manière infinie dans un monde dont les ressources naturelles et humaines sont finies. Ce cycle de la consommation et de la production sans bornes est validé et encouragé quotidiennement au nom des sacro-saints principes de la croissance, du développement et du progrès. Il existe peu de personnes, surtout en période de crise, pour remettre en cause cette folle doctrine, peu d’hérétiques pour s’opposer au dogme dominant de la croissance à tout prix. Il est pourtant capital pour nous, en tant que jeunes, de réaliser que le système actuel n’est pas durable et de travailler pour trouver une alternative qui nous permettra d’optimiser les ressources naturelles et humaines à notre disposition pour retrouver un mode de vie sain.

L’alternative à ce système existe déjà, elle se nomme décroissance et transcende les clivages traditionnels gauche-droite pour venir farouchement s’opposer à une vision du monde partagée par les deux «camps». Les décroissants avancent à contre-courant face au rouleau compresseur du monde moderne, mais que préconisent-ils pour arrêter ce bulldozer? Pour eux, la solution commence par la relocalisation des biens, des activités et des personnes. C’est-à-dire? C’est-à-dire, si l’on a l’honnêteté de suivre le raisonnement jusqu’à son paroxysme logique: encourager la production locale et ainsi réduire considérablement les flux commerciaux, limiter les flux migratoires et re-sédentariser les populations dans leurs patries charnelle, ainsi que travailler à l’inversion de l’exode rural. À ces points majeurs on peut ajouter une critique plus générale de la société de consommation et de l’homme-consommateur d’aujourd’hui. Pour eux, l’homme, esclave de la publicité, doit s’émanciper d’un système qui perpétue la course aux profits au mépris de l’écosystème dans lequel nous évoluons. Rappelez-vous en effet: il ne s’agit pas simplement ici de «sauver le grand panda ou le ouistiti tacheté des forêts équatoriales», il s’agit de préserver les peuples en préservant l’environnement dans lequel ils vivent. Je ne me fais pas de soucis pour la planète, elle a survécu à beaucoup de catastrophes et elle perdurera j’en suis sûr, je me fais du souci pour nous, habitants de nos patries qui dépendons de la santé et des ressources d’une planète qui n’aura pas les moyens, à ce rythme, de nous soutenir.

Dès aujourd’hui, il faut rejeter le dogme de la croissance et du progrès à tout prix dans lequel nous avons été élevés. Cela baissera-t-il ponctuellement notre niveau de vie ? Certainement, mais c’est le prix à payer pour assurer une vie décente à nos enfants. Pas besoin de vivre en ermite dans les bois pour aller dans le sens de la décroissance, c’est possible pour chacun, tous les jours, de commencer à inverser la tendance consumériste et mondialiste actuelle. Pour commencer, consommez des fruits et légumes de saison, achetés localement et si possible directement à l’agriculteur (donc fréquenter les marchés Atwater et Jean-Talon). Consommez, en quantités raisonnables, de la viande élevée localement, de préférence en plein air, et évitez à tout prix les fast-foods et les viandes produites de manière industrielle. De manière générale, achetez le plus souvent possible des choses produites localement (ou au moins produites au Canada ou en Amérique du Nord) et encouragez par des courriers, des pétitions ou votre portefeuille, le rapatriement d’entreprises délocalisées. Limitez votre consommation au nécessaire et tentez de viser la durabilité. Enfin, renouez avec votre vie de quartier, votre identité locale, régionale et nationale. Ré-enracinez-vous, votre vie et votre consommation, reconnectez-vous avec votre histoire et vos compatriotes, reconnectez-vous avec votre terre, votre patrie charnelle.