Le mécénat prend de l’ampleur au Québec
15 mai 2012

D’ici la fin de l’année 2012, Mécénat Placements Culture (MPC), un programme gouvernemental visant à augmenter le financement privé de la culture québécoise, aura permis de rassembler 71 M$ en subvention pour 271 organismes oeuvrant dans les domaines des arts et des communications. C’est donc sous le signe de la réussite qu’Yvan Gauthier, Président-directeur général du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), et Christine St-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, ont présenté hier le bilan 2005-2012 du programme.

Depuis sa création en 2005, MPC a aidé les organismes participants à réaliser 429 campagnes de financement visant à recueillir les dons des communautés d’affaires. Le montant s’élevait à 23 millions en date du 31 mars 2012. À cela s’ajoute une contribution du gouvernement du Québec, dont le montant s’accroît de manière inversement proportionnelle à la taille de l’organisme bénéficiaire, pour un total de 34 M$ en subvention et 10 M$ en frais administratifs. Si Yvan Gauthier souligne qu’un avantage notable de MPC consiste en ses faibles coûts de gestion (moins de 5% du budget selon lui), ces dépenses comptent en toute apparence pour 15% du total des sommes mobilisées.

Pour juger du succès de l’entreprise, le directeur du CALQ se fie aux objectifs monétaires que se fixent les organismes culturels avant une campagne de financement. Selon ce critère, le taux de réussite des campagnes serait de 70%. Pour David Lavoie, directeur général du théâtre Aux Écuries, les avantages du programme ne sont pas que quantitatifs: «Ce programme nous permet de montrer les efforts qu’on fait pour tisser des liens avec la communauté d’affaire.» Les organismes culturels peuvent ainsi tirer avantage d’un réseau de contact leur offrant une expertise utile, par exemple de la part d’avocats et de comptables agréés.

Pour le directeur des Écuries, la réussite n’est pas totale: «Dans certains cas, c’est extrêmement probant. Dans d’autres cas, il y a des besoins criants dans les nouvelles générations d’artistes qui ne sont pas résolus par ce programme.» Malgré l’insistance de la ministre St-Pierre selon quoi le MCQ ne vise pas à remplacer d’autres modes de financement public, Lavoie considère que le gouvernement applique une pression de plus en plus forte sur les artistes québécois afin qu’ils se tournent vers le privé pour leurs collectes de fonds. Selon lui, le soutient des gens d’affaire est mieux adapté aux manifestations culturelles telles que les lieux publics (e.g. les théâtres) et les festivals, puisqu’ils sont inscrits dans une communauté et rejoigne donc plus facilement la mission d’une entreprise privée. « Quand tu soutiens une compagnie de création, tu adhères à la vision d’un artiste. C’est là que c’est plus délicat. » Au lieu de prioriser la visibilité ou l’impact communautaire d’un évènement (et, par extension, des commanditaires), le soutien financier apporté aux artistes émergents et aux petites compagnies artistiques devrait d’abord leur permettre de développer leur projet, ce qui serait mieux compris par les institutions gouvernementales.

Le MPC relance donc le dialogue entre le public et le privé en culture, tout en mettant le cap sur ce dernier. En plus d’autoriser la poursuite du programme, le ministre des Finances Raymond Bachand a annoncé dans le budget 2012-2013 la création d’un nouveau volet qui bénéfieciera exclusivement aux musées d’état, en plus d’augmenter la contribution gouvernementale de 5 M$ sur trois ans. Selon Yvan Gauthier, le MPC contribue à démocratiser les collectes de fonds, tandis que la ministre St-Pierre est persuadée qu’il parviendra à raviver le mécénat, afin de «créer un pont entre l’univers des créateurs et celui des gens d’affaires».