Un déni perpétuel
20 mars 2012
Nier. Blâmer. Dévier. Accuser. Il semble que ces quatre verbes forment le véritable slogan du Parti conservateur.

Nions les appels frauduleux. Blâmons l’opposition. Soyons les victimes: accusons le Parti libéral.

Pour plusieurs, cette affirmation peut paraître excessivement simpliste, soit. Mais à voir comment le gouvernement actuel gère les allégations de fraude électorale, il n’est pas étonnant de développer une certaine amertume quant à leurs tactiques nébuleuses.
Sans pour autant revenir en profondeur sur le sujet des appels trompeurs, j’aimerais plutôt aborder le choix existentiel de Stephen Harper d’opter pour le déni. Tel un enfant avare de pouvoir sur ses camarades, il refuse de grandir, de prendre ses responsabilités et de préserver toute forme de dignité. Car voyez-vous Monsieur Harper, le déni et le mensonge ne font pas bon ménage; souvent, la transparence vaut beaucoup mieux qu’un silence interminable.

De son côté, bien qu’encore affaibli par le scandale des commandites, le Parti libéral a jugé plus favorable de jouer la carte de la transparence. À mon avis, afin de sauver la confiance des électeurs, il est primordial d’être honnête et d’avouer ses torts. Le contraire ne fait qu’alimenter le cynisme et, par le fait même, risque d’engendrer un taux de participation électoral désolant.
Naturellement, la question se pose: pourquoi Stephen Harper demeure-t-il incapable d’agir en bonne et due forme, de prendre les rênes du pays en bon Canadien plutôt qu’en «bon Conservateur»? Nul besoin de tourner autour du pot, la réponse est claire: la partisannerie.

Certes, on ne peut guère reprocher à notre Premier ministre de refuser de mettre cartes sur table. Depuis le 2 mai dernier, le chef Conservateur étale son jeu sans provoquer de surprise scandaleuse. Chose promise, chose due, comme on dit. Cependant, contrairement à ce qu’avance Machiavel, je ne crois pas que la fin puisse justifier les moyens. Du moins, pas lorsqu’il est question de pouvoir démocratique, de transparence électorale et d’intérêt public.

C’est-à-dire que le gouvernement a beau passer des projets de loi à la Chambre des communes, qui seront votés et dans certains cas implantés dans la société, mais quand la légitimité du gouvernement est remise en cause, tout peut passer du blanc au noir en un seul coup. Voilà l’ampleur des appels frauduleux. Si le Parti conservateur est bel et bien au premier plan de cette affaire, ils auront porté atteinte à la démocratie, abusé du pouvoir et ainsi affecté la confiance des électeurs auprès des institutions politiques canadiennes. Voilà pourquoi la fin ne justifie pas les moyens.

Plus encore, le refus d’ouverture face à ces présomptions de culpabilité surplombant Ottawa et le Parti conservateur ne fait que tourner le fer dans la plaie. L’arrogance dont fait preuve Stephen Harper dans cette affaire ajoute au cynisme populaire, laissant place à un réel mépris des institutions politiques, en plus d’un dégoût profond du bien partisan.

Mais si personne ne réussit à faire comprendre au Premier ministre que la démocratie canadienne est en jeu, que les citoyens de ce pays ont perdu confiance en leur système politique et que sa légitimité est plus d’une fois questionnée, à quoi ressemblera l’avenir politique du Canada?

Pourrons-nous alors crier fièrement que la fin a justifié les moyens?