Les étudiants manquent à l’appel
6 mars 2012
Le prochain rendez-vous sera-t-il plus fréquenté?

À la demande de la principale Heather Munroe-Blum et pour tenir les promesses du rapport Jutras, Christopher Manfredi, doyen de la Faculté des arts, a lancé une série de forums ouverts sur la liberté d’expression et l’association pacifique. Le premier de cette série de quatre forums a eu lieu le jeudi 1er mars au Moyse Hall de la Faculté des arts.

Nicolas Quiazua | Le Délit

À en croire le peu d’étudiants présents, il n’y aura pas beaucoup d’ambassadeurs pour passer le mot. La tenue d’un événement se voulant rassembleur et rassurant dans une salle de théâtre d’une froideur d’église n’a pas contribué à tempérer l’atmosphère. Courtney, la dernière étudiante au micro avant la conclusion de la rencontre, a fait remarquer qu’elle ne se sentait pas à l’aise de parler dans ce contexte:

«Je ne me sens pas confortable de parler ici, et je vais vous expliquer pourquoi. D’un, ce débat est assez formel, j’aurais aimé avoir une conversation plus décontractée avec les administrateurs. C’est ce à quoi je m’attendais en tout cas. De deux, la scène et les micros n’aident pas non plus.»

Les administrateurs ont l’habitude d’être filmés dans certaines circonstances comme au sénat, pour légitimer le processus consultatif. Cependant, ils ont pleinement conscience du malaise qu’ont beaucoup d’étudiants se retrouvant devant la caméra sans leur consentement. Rappelons que cette pratique, qu’affectionnent particulièrement les gardiens de sécurité sur le campus, remonte aux débuts des troubles, lorsque les étudiants protestaient pour MUNACA.

«Une autre chose qui me rend mal à l’aise est qu’il n’y a ici que 40 personnes et que les étudiants sont une minorité», ajoute Courtney.

Nicolas Quiazua | Le Délit

Pour qu’il y en ait plus la prochaine fois, Manfredi a proposé que les présents «en parlent à leurs amis». Le problème de la participation aux forums organisés par des étudiants pour des étudiants s’est plutôt amélioré depuis les deux occupations, car plus d’étudiants, sans tout à fait se sentir concernés, sont en tout cas interpellés. Pourtant aux forums animés par l’administration, la présence étudiante se fait rare.

Courtney a conclu en disant qu’en s’adressant au micro à Manfredi, devant la salle quasi vide, elle avait l’impression de valider ce type de consultation alors que c’était précisément ce qui nourrissait son malaise.

Outre le contexte, l’événement n’était pas sans intérêt. Le moment le plus fort était un duel rhétorique entre deux adversaires aux talents complémentaires. Catherine Lu: professeur de théorie politique s’est d’abord livrée à un exercice de mise en situation intellectuelle pour démontrer que l’occupation du #6party était pacifique. Le fait que l’action ait perturbé les activités des employés du James n’est à son avis pas un argument contre, étant donné que cela peut faire partie des moyens de pression utilisés pour obtenir gain de cause. Lyne Thibault, conseillère juridique de l’université, a demandé à Lu de clarifier la question pour savoir où se trouve la limite de l’association pacifique. «Quand les occupants sont turbulents, bruyants et empêchent les employés de discuter avec eux, ce degré de violence verbale ne signifie-t-il pas qu’ils ont dépassé la limite de l’association pacifique?» Ce à quoi Lu a répondu que «la question n’est pas de savoir si la limite du pacifique a été franchie empiriquement, mais à quel point l’université devrait utiliser la force pour faire sortir ou disperser les manifestants.» Catherine Lu a par ailleurs été formée par la police de Vancouver comme opératrice du 911 lorsqu’elle était étudiante au premier cycle. Reconnaître une situation de crise, où l’intervention de la police était requise faisait partie de ses fonctions.

Deux principales conclusions sont ressorties parmi les interventions diverses. D’abord, qu’il n’est pas constructif de déterminer un endroit précis et délimité où les étudiants auraient le droit de manifester tel que demandé dans le nouveau protocole établi par l’université. Il est de l’avis de Lu que «c’est une grave erreur d’avoir choisi où les étudiants peuvent protester». La deuxième pousse à réfléchir. «L’université répond aux interrogations de ses étudiants» a affirmé un employé du James. Le manque d’engouement pour ce genre de forum réitère l’insatisfaction de plusieurs quant à la «réponse» de l’université effectuée sous forme de consultations unilatérale.

La prochaine consultation le 12 mars, endroit à déterminer.

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