Un procédé bien gardé
28 février 2012
«La curiosité mène à tout: parfois à écouter aux portes, parfois à découvrir l’Amérique».

Ces paroles si justes, nous les devons à José Maria Eça de Queiros,  ce  grand romancier portugais du XIXe  siècle, souvent comparé à Balzac ou Flaubert. Pourquoi  commencer ainsi?

Car  sans  la   présence   de cette  curiosité presque culottée, cette  chronique  n’aurait jamais pu sortir  de sa tanière. Lundi dernier, en  fin  de  soirée,  je  me rendais comme souvent à la place  aux  Huiles pour  observer, à travers  les vitrines  les multiples galeries d’art et salles d’expositions   qui  s’y trouvent, les  dernières occupantes des présentoirs.

Alors que  je croyais connaître ce lieu sur  le bout des doigts,  voilà que  l’arcade  boisée d’un  vieux  porche débouchant sur  un  escalier  en  bois  a  attiré mon  attention.mais  peu  importe, il fallait  que j’aille voir  ce  qui  s’y cachait. Je montais donc  en haut de l’escalier   qui   débouchait  sur   deux salles:  à ma  gauche, un  bel  atelier de  peintre et à ma  droite  une étroite  galerie d’expositions photographiques! Je n’y découvrais pas l’Amérique, mais quel- que chose de plus intriguant encore: les  photographies  sus- pendues aux murs  de Marco Binist,   semblaient être recouvertes  d’une   couche de  cendre granuleuse qui  éveilla tous  mes sens. Il s’agissait de tirages à charbon direct,  procédé inventé au  XIXe  siècle  et qui  fait l’objet de la chronique d’aujourd’hui.

Léonard Misonne
En 1899, Théodore Henri Fresson présentait à la société française de photographie son procédé de développement photographique  en   noir   et   blanc. Cet ingénieur agronome de formation  doit   sa   découverte, non   pas  à  sa  qualification professionnelle, mais plutôt à sa grande curiosité.

Les frères  Fresson, détenteurs  du  secret,  installèrent d’abord  leur   atelier   à   Dreux, puis  l’un des deux  monta à Paris dans  le but  d’adapter ce processus  à la couleur.

Ce   procédé  qui   prendrait trop de lignes à détailler,  se détache  des   tirages   classiques par sa capacité  à abandonner l’image  à son  développement, à la laisser  s’inventer comme elle le désire.

Il  y  a  en  effet  une   grande part  de hasard dans  l’expression esthétique de  l’image  lorsqu’on utilise  le charbon direct.  On  obtient  une  photographie cendrée et vaporeuse, se rapprochant étrangement du  croquis réalisé au fusain. Il  a  été   un   outil   essentiel aux  photographes pictorialistes, comme Léonard Misonne, qui privilégiaient  le  rendu final  de l’image  à sa fidélité  par  rapport au   réel.   Photographe  belge   et chef  de  file  de  l’école  pictorialiste, il photographiait tout  aussi bien  des hommes, ouvriers et paysans  au travail,  que  de nombreux  paysages  de campagne.

Aujourd’hui, l’atelier pari- sien  de la famille  Fresson continue de perdurer et offre des tirages d’une qualité incroyable pour tout  portefeuille bien  garni…