Entre hommes
28 février 2012
DLP déconstruit les stéréotypes des fraternités.

Samuel était un peu sceptique au début. Les fraternités ne sont pas un terrain connu pour les francophones à Montréal, mais plutôt un champ fertile aux stéréotypes de fêtes excessives et de la concurrence académique. «Je suis allé au rush week et puis j’ai participé à une activité très ordinaire, un karaoké… J’ai parlé à des gens là-bas et je me suis rendu compte que DLP n’avait rien à voir avec les stéréotypes qu’on se fait des fraternités habituellement,» raconte-t-il.

Matthieu Santerre | Le Délit

Delta Lambda Phi n’est pas une fraternité comme les autres. Elle est ouverte aux homosexuels, bisexuels et hommes ouverts d’esprits. Elle a un caractère social, mais également un propos social. L’alcool est interdit pour tous les membres lors des événements officiels. Lors de la Greek Week à McGill, ils ont volontairement décidé de se dissocier et de ne pas participer aux étapes de calage de bière. La fraternité a aussi une politique anti-bizutage lors des initiations. L’excellence académique y est cependant de mise, le GPA des membres servant entre autres à les classer sur l’échelle d’excellence maintenant internationale.

Que dire d’une fraternité gaie?  «Le sens de confrérie doit être le même que dans toutes les fraternités,» insiste Samuel. Les intéressés qui démontrent vouloir faire partie de la fraternité pour développer des liens romantiques ou sexuels avec les membres ne sont pas retenus. Cela va dans le sens de la politique «hands-off» de DLP qui interdit formellement toute relation non-fraternelle entre les mentors et leurs nouvelles recrues durant la période de formation de deux mois. Après cette période, il arrive que des sentiments amoureux et sexuels se développent entre confrères. Cependant, les nouveaux couples sont fortement encouragés de faire part de leur relation à tout le groupe. Quand ils sortent entre confrères, le port du macaron à l’effigie de DLP est interdit pour ne pas associer le comportement des individus à celui des membres de la fraternité. «On essaie de contrôler les pulsions parce que justement quand on sort dans un club les gens peuvent nous identifier à la fraternité. Et puis si deux membres se french sur la piste de danse, c’est le genre d’image et de stéréotypes auxquels on ne veut pas être associés,» explique Samuel.

Ces événements sociaux sont de coutume faits pour que les membres d’une sororité et d’une fraternité se «mélangent». Samuel raconte que les sororités les ont souvent invités à ce genre de soirées. «Elles sont contentes de pouvoir s’amuser aves nous sans avoir cette constante pression de devoir flirter». Ils n’ont jamais été invités par aucune fraternité, mais dans les événements où toutes les fraternités et sororités sont réunies, Samuel n’a jamais fait l’expérience d’attitudes homophobes.

Les frères passent à peu près dix heures par semaine entre eux, dont deux heures sont consacrées à des réunions officielles pour coordonner les différentes missions de la fraternité. Les confrères se soutiennent mutuellement dans leurs épreuves communes. Samuel raconte qu’il venait juste de faire son coming-out à ses amis avant d’entrer à DLP. «Sortir du placard c’est quelque chose qui a suscité beaucoup de questionnements en moi et c’est d’en parler avec mes amis de DLP qui m’a donné le courage de le dire ensuite à mes parents.»

Depuis ses débuts, la fraternité est critiquée par le groupe Queer McGill pour son caractère exclusif au genre masculin. Cependant, comme l’explique Sam Reisler, qui avait initié les démarches pour former DLP il y a 3 ans, «les fraternités sont fondées sur le principe d’expériences communes qui permettent de créer des liens durables.» Samuel remarque aussi que bien que seulement des hommes soient acceptés au sein de la fraternité, les individus ne sont pas questionnés sur leur genre lors de la sélection. «Aux États Unis, une personne née homme est entré dans la fraternité et puis après un an, avec les soutien des membres, il est devenu femme, mais personne ne l’a rejeté», relate Samuel. Il pense d’ailleurs que ce cas démontre qu’ils sont, contrairement aux critiques, «trans-friendly». «Moi ce que je trouve incroyable de DLP c’est qu’on a introduit un microcosme LGBT dans une monde ultra-masculin», conclue Samuel.